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Erwin Smith - « I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat. »

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Erwin Smith





Informations
Nom Complet :: Erwin Smith.
Surnom :: Autrefois Eyebrows... Maintenant, vous pouvez m'appeler Commander Handsome.
Age :: 36 ans.
Genre :: Masculin.
Profession :: Commandant de la Survey Corps.
Rébellion :: Techniquement oui.
Avatar :: (www - Remerciements spéciaux à Tatia-love alias Bribri Fondant )



Physique

En cours...


Caractère
Les cloches de Trost sonnaient vingt-trois heures; ses hommes ne reviendront pas.
L’expédition s’était terminée il y avait près de trente-deux heures, maintenant… alors pourquoi espérait-il encore ?
Les chances de survie en dehors des Murs sont minimes, voire impossibles.
Je connais les statistiques. Je les ai calculées d’innombrables de fois ce soir.
L’encre qui traîne sur mon bureau a imbibé plusieurs feuilles.  
Des rapports.  
Les noms.
Des pertes.
J’ai tant lu les noms de chacun des décès que j’ai presque l’impression de les avoir connus.
Mais ce n’est que des excuses : je ne connais rien d’eux.
Ni leur âge, ni leur famille, ni le ton de leur voix…
Ils ont été de braves soldats pour ce que j’en sais…
Et aucun ne reviendra jamais.
Je l’ai su à la seconde où nous avons repassé les portes.
Quel enfant je fais.
Parfois, c’est à se demander je ne fais qu’attendre l’absence par une habitude égoïste de ressentir quelque chose.
N’importe quoi.
Juste quelque chose.
Un rire. Épuisé. Exaspéré. Refoulé.
Je me recule sur ma chaise, la tête vers l’arrière, les bras ballants.
Espérer des miracles, c’est ce que je fais de mieux.
Je passe une main sur mon visage, m’attarde sur mon front, ferme les paupières.
Si je brise, tout sera terminé.
Shadis m’avait prévenu, m’avait mis en garde.
Alors pourquoi est-ce que je me


Ses hommes ne reviendront pas.
Sous le glas des cloches de Trost, c’était le dernier espoir qui lui restait qui venait de s’évanouir.
L’expédition s’était terminée il y avait près de douze heures maintenant et sans comprendre pourquoi, il avait demandé à ce qu’on attende avant d’inhumer les corps.
Enfin… Ce qui en restait.
Des membres qui, au fond, ne possédaient rien de distinctifs pour la plupart.
Certains avaient encore la chance de posséder une tête pour qu’on puisse les identifier clairement, qu’on les rapporte à la famille.
D’autres n’avaient que des noms manquants.
Il serra la mâchoire.
Manquants.
Comme s’il ne savait pas d’ores et déjà quel sort ils leur avaient été réservés.
Les chances de survie en-dehors des Murs étaient trop faibles pour qu’ils aient réussi à subsister jusque-là.
C’était un fait et tant et aussi longtemps que la situation resterait telle qu’elle était, ce n’était pas prêt de changer.

On frappa à sa porte.
Il leva la tête. Ne répondit que par monosyllabe.
On disposa.
On le laissa seul à nouveau.
Ses yeux s’étaient rivés sur les rapports étalés sur son bureau.
Des dizaines de nom. Quarante-huit, en tout et partout.
Des noms qu’ils avaient appris par cœur et dont il ne reconnaissait ni le visage, ni la voix, ni l’âge, ni rien.
Comment étaient-ils morts?
Avaient-ils une famille?
Des enfants?
Une sœur? Un Frère?
Un amant?
Ses paupières battirent au ralenti pendant qu’il tenta de se ressaisir.
Depuis combien d’années ne s’était-il pas senti aussi seul?
Depuis la démission de Shadis?
Peut-être après…  
Ou même avant.
Sa mémoire flanchait.
Il passa ses mains vigoureusement sur son visage, ensevelissant son nez et sa bouche.
Il savait que s’il brisait maintenant, tout serait fini.
Ses mains retombèrent le long de son corps, molles et engourdies.
Vides.
Il avait beau serré les poings, ses paumes restaient et demeureraient à jamais vides.
Il eut un rire.
Épuisé.  Faux. Guttural.
Se sentir désolé pour eux n’y changeraient rien.
Et être désolé ne lui était pas accordé.
C’était se faire des excuses pour avoir donné des ordres.
Pour avoir fait des choix qui le laissait vivant pendant que tous les autres tombaient.
Même les lignes de ses mains s’ignoraient entre elles. Elles étaient infinies… Et pendant les nuits trop longues, l’idée de les raccourcir le hantait jusqu’à l’aube.
Jusqu’à qu’il efface encore un peu plus Erwin pour n’être que le Commandant.
Juste le Commandant.
Et Erwin avait fini par le haïr, cet homme étrange à qui il devait à présent ses moindres soupirs. Ses moindres désirs. Ses moindres envies.
Et son seul rêve.
Même les ombres de la pièce avaient fini par haïr cette fausse pitié qu’il avait pour lui-même…
Il sentit sa gorge se serrer une toute dernière fois avant de se lever.

Il passa la pièce, ignorant les sombres silhouettes qui s’accrochaient encore à ses chevilles.
Il se sentit presque tombé en arrière lorsqu’il referma la porte derrière lui.
Un dernier souffle et Erwin s’en était allé, quelque part ailleurs où personne ne le reverrait jusqu’à ce que le Commandant s’épuise de sa propre comédie.
Silencieusement, pendant qu’il déambulait dans les couloirs du quartier général, il se répétait consécutivement tous les noms.  
Ses lèvres bougeaient toutes seules, sans un son.
Il repassait les détails que les squad leaders lui avaient donnés.
Des détails si minimes qu’il conservait dans le creux de sa mémoire, qu’il composait en sentiments feints, des sentiments qui lui échappaient.
Les pas énervés se bousculaient autour de lui. Les soldats voulaient des réponses.
Il n’en avait pas.
Il ne faisait qu’avancer parmi eux, les yeux fixes, les épaules raides, le dos droit, la tête fière.
Aucune faille.
Aucune peine.
Aucune pitié.
On l’avait voulu inflexible et il s’était fait fer.
Rigide, incassable, inébranlable.
Les rangs y trouvaient une peur rassurante devant l’inhumanité et sans s’en rendre compte, il les méprisait pour ça.

Ils le laissèrent passer, finissant par comprendre son silence comme un avertissement.
Ce n’était que par sécurité.
Par besoin de se taire.
Ils l’interprétaient à tort et pour une fois, il avait été reconnaissant de leur manque de sympathie à son égard.
Il méritait leur malaise.
Leur mal-être.
Leurs cris.
Leurs rages.
S’il ne disait rien, c’était simplement qu’il ne pouvait pas leur ravir les seules interactions qu’ils auraient avec lui.
Les seuls moments où il habiterait leurs têtes.

Il rit presque à nouveau, mais l’odeur familière de la chair calcinée leurra ses narines à la vision de l’amas de corps et de bois.
Une odeur dont on en lavait jamais les souvenirs.
Tous ses hommes et ses femmes rassemblés solennellement devant le bûcher où s’empilait leurs frères d’arme.
Il connaissait la proximité de la Survey Corps, leur dévotion, leur amour pour leurs camarades.
Il avait été à leur place plus d’une fois.
Plus d’une centaine de fois.
Les gens des Murs disaient qu’on se faisait à tout…
On ne se faisait jamais aux pertes.
C’était des paroles en l’air, des paroles qui prêchaient une tranquillité aux os de verre.
On le suivait des yeux.
Les dents serrées, les poings fermés.
Les vétérans connaissaient la routine.
Un discours.
Discours dont il ne se souviendrait de rien si ce n’était que l’instant où ils allumeraient le brasier.

Tous ensemble, ils saluèrent les restes d’histoire que les morts emportaient avec eux.
Leur peau tournant au noir, la fumée s’exaltant dans un ciel trop parfait pour la tristesse de l’homme.
La guerre devrait ressembler au feu.
Destructeur. Chaleureux. Étouffant. Enveloppant…
Et pourtant profondément beau.
Pourquoi n’en gardait-il que le goût des cendres.

La nuit s’éteindrait avec les dernières poussières des flammes.
Certains iraient boire jusqu’à perdre le Nord.
Certains iraient dormir pour endormir ce qui restait des maux.
Certains feraient l’amour pour se croire moins seuls.
Certains veilleraient jusqu’à l’aurore pour se dire que leurs adieux auront été jusqu’à la fin.
Ils vivaient tous avec la mort, de près ou de loin.
Chacun d’entre eux la gérait à leur façon.
Ou encore, certain, comme le Commandant, ne faisait que l’omettre jusqu’à son corps ne puisse plus bouger.
Ce serait alors Erwin qui le traînerait jusqu’à leurs quartiers, sans un mot.
Il s’assoirait à nouveau sur le fauteuil qu’il avait laissé quelques heures plus tôt, aurait l’impression qu’il était trop petit pour lui.
Sa tête se pencherait sur le bureau, le médaillon vert trop lourd pour que son cou le supporte…
Et avec de la chance, peut-être dormirait-il pour oublier…
Que le prix de la culpabilité d’un fils avait créé la monstruosité d’un homme.



Derrière l'écran
Pseudo :: Mina ou Cath pour la plupart du temps ^^é
Age :: Passé la mi-vingtaine.
Code du règlement ::
Spoiler:
 
Comment avez-vous connu SNKR :: Partenariat avec Behind The Cell.

Lun 23 Oct - 2:28
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The Strange Story of a Lonely Boy







Histoire
« My father was killed by human greed… And a foolish son. »

L’hiver avait laissé ses traces sur les routes de Karanese.
Les toits fondaient en gouttes d’eau sur les pavés.
Le soleil si fade de décembre s’était remaquillé. Ses rayons noyaient la salle de classe, la rendaient étouffante.
Ils étaient de tout âge, assis calmement devant la leçon du jour.
Erwin, 7 ans, et ses yeux couleur liberté.
Erwin, 7 ans, et toute la candeur d’un monde qui s’abreuvait à l’espoir.
Erwin, 7 ans, et la curiosité naïve de l’insouciance.
Ses joues rondes posées dans ses petites mains.
Ses cils trop longs battant à chaque fois qu’il revenait à terre.

L’Histoire.
La leur. Ou celle des Murs.
Son père la lui avait racontée mille fois.
Il connaissait chaque mot qui s’échappait de la bouche de Marshall Smith.
Son père était l’instituteur de Karanese depuis plus d’une vingtaine d’années.
En obligeant Erwin à se présenter à chacun de ses cours, il avait fourni à son fils une éducation hors du commun, une éducation qui ne le laisserait jamais en proie au monde…
Et pourtant, plus il en savait, plus Erwin devenait avide.
Avide d’embrasser un monde qui lui échappait.
Un monde bien plus grand que la cour derrière leur modeste résidence de la rue Arcan.

Son père répétait sa leçon encore et encore…
Et plus il parlait, plus Erwin n’y comprenait rien.
Tout avait été si clair à une époque.
Sans question, sans doute.
Doucement, sa main se dressa dans les airs, l’ennui drainé de son visage trop sérieux pour celui d’un enfant.

«- Professeur?
- Erwin?
- Qu'est-ce q'il y avait, avant? »

Son père n'avait pas répondu, mais il avait senti la tension montée.
Les autres élèves avaient tous les yeux rivés sur lui.
Le silence.
Erwin était impatient.
Erwin voulait des réponses.
Incapable de tenir plus longtemps, il reformula sa propre question dans l'espoir d'obtenir un indice...
Juste une piste.
Il devait savoir.
« Si l'humanité s'est réfugiée à l'intérieur des Murs... Comment peut-on être certain qu'il n'y a plus personne dehors? »
Erwin ouvrit un nouvelle fois la bouche pour continuer, mais son père le coupa de court.
« La classe est terminée. Rangez vos cahiers. »

Erwin ne comprenait pas.
Avait-il dit quelque chose pour offenser son père?
Il fronça les sourcils, soucieux.
Les autres avaient sans doute déjà oublié la leçon tandis que le garçon restait derrière.
Encore debout et fixe.
Les yeux accrochés sur le tuteur avant de suivre le groupe à bonne distance.
Les autres enfants iraient jouer dehors.
Avec les autres.
Erwin n’aimait pas les autres… Du moins, pas autant qu’il aurait dû.
Il était bizarre, Erwin.
Avec ses yeux trop grands, ses oreilles décollées, ses sourcils trop gros…
Pour son âge, le fils de Marshall Smth était grand, massif… Et c’était sans doute la seule raison pourquoi ces autres le laissaient tranquille.
Aussi à part pouvait-il être, personne ne se frottait à Erwin… Ni de près, ni de loin.
Il existait sans vraiment exister.

Il attendit son père à la sortie.
Comme d’habitude.
Ils saluèrent les quelques professeurs qui passèrent leur chemin, sans plus.
Le silence s’établit entre eux.
C’était comme ça depuis que sa mère était partie.
Il ne se souvenait pas exactement quand, ni comment.
Elle était simplement partie.
Mitras semblait un monde meilleur que Karanese.
Et il ne comprenait pas… Elle les avait simplement laissés derrière.
C’était à peine s’il se rappelait de son visage.
Les enfants autour ne manquaient pas de lui rappeler…Ou les gens du quartier.
Les questions résonnaient encore dans sa tête :
« Elle est où, ta mère, Erwin? »
« C’est bizarre que t’aies qu’un père. »
« Les enfants normaux ont deux parents. »
« Elle en a eu marre et elle est partie? »

Et il n’avait pas de réponse. Elle était simplement partie pour Mitras faire ce qu’elle avait toujours fait : jouer.

De ce qui restait d’elle dans la maison de Karanese, il n'y avait que le vieux piano désaccordé que son père exécrait… Et les quelques feuilles de musiques écrites à la main, encrée d’un noir dilué par l’âge... Et un nom : Elsa Wolff.
Elle n’avait jamais marié son père, et pourtant, Erwin était né d’une union complètement brisée d’avance.
Personne n’en parlait jamais…
Erwin savait seulement qu’il n’avait pas été une raison suffisante pour qu’elle reste.
C’était peut-être pour cette raison qu’il avait appris le piano.
Pour plaire à un souvenir dont il ne se souvenait même pas les traits.
Se déculpabiliser de l’absence.
Ces compositions, celles sur le vieux piano, étaient la seule chose qui le liait encore à Esla Wolff…
Lorsqu’il jouait, il n’avait même plus besoin d’y penser, maintenant… Ses doigts faisaient les notes tout seuls.
Un automatisme faussement sentimental.
C’était le prix à payer pour prétendre que l’on devait se rappeler.

« Erwin. »

La voix de son père le sortit de ses pensées, surpris.
Il tourna la tête vers lui avant de se rendre compte qu’ils étaient arrivés chez eux.
Il rougit malgré lui.
La tête ailleurs. Il l’avait toujours eue… Mais plus les années passaient et plus son père lui faisait la remarque. Ëtre sur la lune ne lui apporterait rien.
Il se contenta de suivre Marshall Smith à l’intérieur, sans un mot, le pas vif.

Leur demeure était modeste. Deux étages dont le rez-de-chaussée comptait trois pièces : une salle d’eau, une cuisine qui leur servait également de salle à dîner et un salon dont les murs étaient tapissés de bibliothèques. Le second étage, quant à lui, se divisait en quatre sections : une salle de bain avec une baignoire, un petit bureau et deux chambres.
C’était plus que suffisant.
Ils pénétrèrent dans la cuisine en silence. Encore.
Erwin s’assit à son habitude sur la même chaise de gauche et son père sur la même chaise du bout.
Ils restèrent ainsi un long moment avant que son père ne prenne la parole :

« Erwin.. Sais-tu pourquoi on ne parle jamais de l’Histoire avant les Murs? »

Et pour la première fois depuis une éternité, Erwin leva les yeux vers son père, émerveillé.
Il hocha vivement la tête de gauche à droit.
Et lorsque son père ouvrit une nouvelle fois la bouche, Erwin venait, sans même s’en rendre compte, de sceller son destin.


----


Do. Ré. Do. Si. Do. Ré. Mi.
Staccatos mal habiles.
Si. La. Ré. Do. Mi. Mi. Mi…
Le vieux piano désaccordé cassait le silence perpétuel du salon.
Sa main droite cherchait les notes en automate, comme d’habitude.
Des notes majeures. Trop aigues. Trop fausses.
C’était une berceuse... Et il ne dormirait pas.
Quelque chose qu’il avait entendu cent fois, mais jamais de la voix qu’il escomptait.
Un drôle de souvenir.
Un souvenir éteint.
Quelque chose dont il gardait l’odeur sans pouvoir la sentir.

Hier, on avait enterré son père.
Hier. Il avait tué son père.
Son visage se fît se marbre. Son cœur aussi, sans doute.
Il n’avait pas versé une larme.
Pas une.
Il se rappelait des mots qu’ils avaient échangés quatre jours auparavant.
Que quatre jours pour ruiner une vie… Et forger la sienne.
Sa main retomba le long de son petit corps.
Ils viendraient le chercher, ses grands-parents maternels.
Des étrangers qui l’emmèneraient à l’intérieur de Sina.
Loin de ce qu’il avait toujours connu.
C’était les derniers adieux à la rue Arcan.
Cette demeure ne lui reviendrait sans doute qu’à sa majorité.
En attendant, elle serait hantée des rumeurs du voisinage.

Il se mit à errer comme un fantôme amnésique, cherchant ce qu’il avait déjà oublié.
Rien, peut-être…
De pièce en pièce et de meuble en meuble, il explorait sa propre vie, comme s’il la découvrait pour la première fois.
Son dernier arrêt : le petit bureau du deuxième…
Tout ce que s’était dit entre son père et lui prenait désormais un sens nouveau.
Et même s’il vouait oublier, Erwin se passait et repassait les paroles de son Marshall en boucle.
Comment se faisait-il qu’il n’y avait aucune trace de la vie d’avant les Murs ?
Les générations antérieures auraient dû laisser des traces… C’était inévitable. Des contes, des objets, des idées…
Pourquoi le gouvernement trafiquait-il l’Histoire ?
Qu’y avait-il au-delà des Murs qui méritait d’être effacé ?
Pourquoi tous ces manques ? Tous ces trous… Des abysses de savoir…

« Ils ont dû altérer la mémoire des gens? »

Ces huit mots résonnaient sans cesse dans son esprit… Et s’ils n’étaient pas seuls… s’il y avait des gens outre-mur. Ailleurs.
Des gens comme eux… ou différents.
Son père n’avait pas répondu... Mais Erwin comprenait l’ampleur des informations qui venaient de lui être léguées.
Du haut de ses sept ans, il s’était senti exalté.
Complètement survolté et excité.
Une sensation qu’il n’avait jamais connu jusqu’alors.

Il serra les poings en ouvrant chaque tiroir de la commode en face de la fenêtre.

Il n’avait pas pu se retenir.
Il avait fallu qu’il en fasse part.
Pour la première fois de sa vie, Erwin avait parlé aux jeunes de son âge et ils avaient écouté.
Ils l’avaient écouté lui, Erwin « Gros Sourcils » Smith.
Le gamin anormal du coin.
Celui qu’on voulait exclure, celui qu’on effaçait volontairement.
L’excentrique môme du professeur Smith.
Le rat de bibliothèque de Karanese.
Le laideron de la rue Arcan.
L’enfant sans mère et sans ami.
L’étrange Erwin Smith avait eu une audience.
Et ce fût cette même audience qui le condamna pour son imprudence.

Les gendarmes s’étaient présentés comme ça, sans avertissement.
Ils avaient posé leurs questions en douceur, un intérêt flatteur pour un enfant.
Ils s’étaient enquis des moindres détails : qui lui avait raconté ? Quand ? À qui avait-il mentionné ce qu’il avait entendu ?
Les yeux comme des billes et la langue trop pendue, Erwin avait recommencé sa narration.
Ses spéculations, ses scénarios, sa description imaginaire du monde extérieur…
Et Ils avaient fini par l’interrompre.
Sérieusement, ce devait être une mauvaise plaisanterie.
La Brigade avait ri aux éclats.
Il avait tenté de les persuader, de les convaincre, mais il ne reçut qu’une main infantilisante sur ses cheveux trop en ordre.

« T’en fais pas, morveux… T’es pas le premier à te faire raconter des bobards. »

Et ils avaient ri encore.
Erwin s’était senti totalement idiot.
Il avait serré les poings.
Ses dents.
Puis s’était tu pour de bon, mais trop tard.

Son père avait été convoqué pendant les cours du lendemain.
Personne n’avait compris.
Erwin s’était levé, avait couru vers son père par instinct, mais il l’avait semé de rester là.
Un sourire, une caresse sur sa joue et quelques mots : « Ce doit être un malentendu. »
Et il lui avait tourné le dos pour ne plus jamais revenir.
Il avait passé la nuit seul, à tourner dans le bureau de son père, à s’endormir de temps en temps sur le fauteuil du coin. Son père n’était pas revenu.
Ni cette nuit-là, ni au matin. Ni la journée d’après.
La journée qui suivit, on avait frappé à leur porte.
Son père avait été retrouvé sur le bord de la route.

Le monde s’était arrêté.

En enterrant un sanglot, il tira sur un des tiroirs avec trop de vigueur.
La pièce de bois sortit de son socle et tomba sur le sol.
Le bruit sourd du compartiment le fit sursauté à l’atterrissage.
Des dizaines de papiers couvraient désormais le plancher; des notes prises à la main.
Il sentit sa gorge se serrer lorsqu’il s’accroupit pour les ramasser : il reconnaitrait cette calligraphie entre mille.

« Pa… »

Les dernières syllabes moururent sur sa langue.
Il lissa les lettres tendrement de son pouce avant de les serrer contre lui et de les empiler.
Il y mettait un temps fou, mémorisant chaque mot, chaque courbe…
Accroupi à quatre pattes, il y allait de reculons, mais son pied qui buta sur le tiroir attira son attention.
Un son creux.
En se retournant, Erwin haussa un sourcil : le tiroir était fissuré en deux.
Il s’approcha, perplexe. Il n’aurait pas pu briser le bois avec sa force, il le savait trop bien.
Ses mains s’emparèrent de l’objet, le tournant sur lui-même.
La craquelure était imposante… On aurait presque dit qu’elle y avait été mise volontairement.
Cette définition… C’était minutieux.
Gentiment, il se mit à le secouer.
Bang.
Il ouvrit grands ses yeux avant de l’agiter à nouveau.
Bang. Encore.
Il y avait quelque chose à l’intérieur.
Ce fût plus fort que lui.
Il courut jusqu’au bureau, saisit le coupe-papier qui reposait à côté des enveloppes encore scellées et délicatement, il introduisit la lame dans le ventre du tiroir.
Doucement, d’abord, il y mit un peu plus de fermeté quand il sentit le fond céder.
Il entendit le bois se disloquer complètement et juste avant qu’il ne puisse le rattraper, un objet tomba sur le sol.
À ses pieds, il y avait un livre.

Il se débarrassa du tiroir, s'assit complètement fébrile et pendant que ses mains prenaient le livre, il se surprit à n'y comprendre absolument rien.
Il tenta de lire et relire…
Et un sourire abruti s’étala sur ses lèvres.
Ce n'était pas leur langue.
Il tenta de comprendre le titre sans succès avant de ne plus pouvoir tenir en place et d'ouvrir le manuel et l'explorer.
Tous ces mots... et ces images...
Le texte était surplombé de représentations, de dessins, d'annotations... il comprenait leur disposition, mais pas leur sens... comment était-ce possible? Et ces dessins faits à la main... des espaces dont il n'avait jamais entendu parler : des déserts de glace, des étendus d'eau à n'en plus finir, des châteaux, des gens... des centaines de gens qui ne se ressemblaient pas...Qui n’étaient pas comme eux.
Ils étaient beaux. De toutes les formes, de toutes les couleurs...
Et s’ils étaient vrais… Où étaient-ils?

Erwin sentit des larmes rouler sur ses joues...
Pour la première fois de sa vie, il était certain de quelque chose : son père avait raison... Il devait avoir raison... c'était la seule chose qui devait importer.

Trois grands coups retentirent à la porte.
Il sursauta, refermant le livre sur sa poitrine...
Ils savaient d’ores et déjà de qui il s’agissait ; il devait faire vite.
Que dirait-on si on le découvrait avec ça?
Du revers de la main, il essuya ses yeux, courut à sa chambre et rapidement ouvrit sa penderie.
Au sol, il écarta les quelques boîtes qui abritaient encore ses jouets préférés et, en tapant sur quelques lattes du plancher, il trouva l'emplacement idéal, un emplacement dont il gardait le secret depuis le départ d'Elsa Wolff.

Il inséra ses doigts prudemment, ouvrit la planche et sans y penser, il inséra le livre dans la petite cavité. Personne ne devrait savoir.
Dans ce semblant de coffre aux trésors, il s’attarda, le temps de prendre la seule chose qu’il devait retourner...
Un collier. Sans valeur sans doute.
Juste un collier qu’il devait retourner à sa porteuse…Si cette porteuse tenait à le récupérer.
Il glissa le bijou dans sa poche avant de refermer le plancher.
Personne n’irait fouiller jusque-là.
Il replaça tout en ordre, comme s'il n'avait jamais été dans la pièce et avant même qu'il puisse sortir de la chambre, il se fit intercepter par deux grandes mains qui 'imposèrent sur ses épaules.
Il sentait ses genoux flancher.
La sueur froide glisser le long de sa tempe.
Sa bouche s'asséchée.
D’un regard chétif, il leva ses orbites pour rencontrer deux iris d’un bleu cru.
L’homme avait des cheveux blancs, presque transparents.
Une stature massive, imposante, dominante.
Erwin tenta de dire quelque chose, mais ses balbutiements rendirent son interlocuteur impatient.

« Prépare tes affaires, mon garçon, je déteste qu’on me fasse attendre. »

Pour la première fois de sa vie, il venait de rencontrer Tywin Wolff.

----

Les adieux à la maison de la rue Arcan furent brefs.
Son grand-père le pressa de faire ses bagages et ils embarquèrent dans une calèche en direction de Mitras.
Partir ne lui avait jamais semblé douloureux.
Du moins, jusqu’à ce moment-là.
Partir maintenant, c’était partir pour de bon.

Erwin avait toujours vécu à Karanese. Les quelques voyages qu'il eut jamais fait avec son père s'était limité aux Murs Maria et Rose; Sina était un endroit qu'on ne pouvait se permettre aussi aisément.
C’était un autre monde… Un monde qu’il ne sentait pas prêt à affronter.
Il s'était montré réticent à entrer dans la voiture.
Une main l’avait poussé gentiment.
Ses pieds s’étaient emboités maladroitement et il était tombé nez à nez avec des souliers de femme.
Honteux, il se redressa, nerveusement avant de s’asseoir sur le siège d'en-face.
Il bafouilla des excuses qui n’eurent aucune réponse.
Ses yeux timides se redressèrent pour regarder l’occupante de l’autre siège avant de se figer.
Elle avait les cheveux blonds.
Les yeux d’un bleu froid, distant.
Une expression neutre.
Elle l’observait à son tour, un soupir dédaigneux sur sa bouche.

« J’aurais dû me douter que Marshall finirait comme ça un de ces jours. »

Cette voix.
Erwin n’avait pas bougé, effrayé par les mots qu’il venait d’entendre… Et par ses yeux qui lui rendaient son propre regard.

« Elsa, le gamin vient d’enterrer son père.»

Un conseil qu’elle tint par dépit plus que par désir.
Tywin Wolff s’assit à ses côtés.
Tous les trois s’observèrent dans un malaise pesant avant que ladite Elsa ne décide de briser le silence une nouvelle fois :

« Erwin, voici Tywin Wolff, mon père.
Tu te souviens des histoires que je te racontais avant d’aller au lit, n’est-ce pas? »


Il hocha la tête positivement.
Il ne s’en souvenait pas.
Il avait simplement peur qu’elle disparaisse à nouveau.
Elsa Wolff, sa mère, se tenait devant lui.
Lui adressait la parole.
Il retenait son souffle sans s’en rendre compte.
Il se faisait petit…
Et ses yeux ne pouvaient se détacher d’elle.

« Tu viendras vivre avec nous.»

C’était Tywin qui parlait à présent.
Si le voyage dura près de douze heures dans un silence presque complet, il n’arrivait pas à savoir s’il en voulait à son père de le laisser entre les mains des Wolff de Sina ou s’il lui en était reconnaissant.
Qu’est-ce que son père aurait voulu qu’il fasse?
Obéir, sans le moindre doute.
Être docile, poli…
Démontrer de la gratitude.
Il avait hésité longuement avant de serrer le bijou dans sa poche et de l’en sortir.
Juste avant qu’ils n’entrent dans Mitras et sans regarder Elsa, Erwin le lui tendit, la tête basse.
Un simple geste qui la fit froncer des sourcils et observer le garçon avec une stupeur dérangeante.


Elle se souvenait de ce collier.
Un cadeau de Marshall.
Un des dizaines qu’il lui avait offerts sans qu’elle n’en porte un seul.
Elle le méprisait d’autant plus maintenant qu’il lui avait rendu la seule chose qu’elle aurait voulu oublier.
Ce garçon aux proportions douteuses, aux membres trop grands pour son âge, incliné devant elle, comme si il lui devait quelque chose…
Elle retint un nouveau soupir avant de prendre l’ornement, sans la moindre trace de reconnaissance.
Elle le tourna de tous les bords.
C’était de la pacotille…
Mais sous le regard de son père et l’effroi du gamin, elle murmura un « merci. »
Sans intention, sans ressenti.
… Pourquoi un enfant qu’elle avait abandonné gardait-il une pièce d’elle?
Elle rangea le collier sans un mot de plus pendant qu’Erwin se réinstallait dans son siège, les yeux sur la ville qui défilait.
Une ville qu’il devait voir pour la première fois.

Elsa Wolff avait en tout et pour tout vingt-deux ans.
Le calcul était facile : Erwin devait être apparu sans même qu’elle n’en ait quinze.
Elle était tombée enceinte d’un instituteur de Karanese de près de trois fois son âge.
C’était une lubie. Ou peut-être une passion soudaine. Ou rien de tout ça.
Elle avait peut-être aimé la façon dont Marshall Smith l’avait regardée, l’avait courtisée.
Et elle le lui avait bien rendu franchissant d’abord ses propres limites avant d’abolir celle du professeur.
On ne s’en sortait jamais indemne avec Elsa Wolff.
Il avait voulu un flirt.
Elle avait désiré tout le reste.
Il avait été réticent, elle avait été tenace.
L’initiative lui avait couté cher.
Ses parents l’avaient imploré de faire disparaître l’enfant… Et pour toute réponse elle avait disparu de Sina.
Marshall l’avait découverte sur le pan de sa porte un soir de juillet et il lui avait offert les seules choses qu’il possédait : son toit, sa protection et, si elle le souhaitait, son amour, peut-être.
Elsa Wolff ne voulait rien des sentiments d’un homme qui avait mis la seule chose à laquelle elle tenait réellement en grève.
En partant de Sina, c’était sa vie qu’elle abandonnait.

Elle s’était sentie perdue, trahie par son propre corps.
Malgré tous ses efforts pour le faire disparaître, tous les philtres et mixtures infectes qu’elle avait ingérés, les faiseuses d’ange qu’elle avait implorées… Personne ne voulait faire d’Elsa Wolff une femme libre à nouveau.
6 mois, c’était trop tard, trop dangereux.
Cette chose qui tailladait ses entrailles... Qui restait pendu à l’espoir de voir le jour. Tout aurait été si simple si elle n’avait pas voulu jouer avec Marshall Smith…
Et aussi charmant avait-il pu apparaître un an auparavant, elle avait fini par tout détester chez lui.
Cette fausse attention, ces hypocrites délicatesses.
Il avait tout fait pour lui plaire.
Elle avait tout fait pour le haïr.

Elle avait passé les quatre années suivantes emprisonnée à Karanese comme une lionne en cage, à tourner en rond dans les pièces, à ignorer la chose geignarde qui implorait son attention.
Les femmes du voisinage avaient insisté : un jour, elle finirait par l’aimer.
Ce jour n’était jamais venu.
Ni après une semaine. Un mois. Un an.
Erwin était la chose qu’elle avait enfanté à contre-cœur.
Ses journées alternaient entre le piano du salon et la chambre d’en haut à se maquiller, à se préparer pour des concerts qui ne viendraient pas.
Ce fût à ce moment-là qu’elle se mit à remarquer la créature malhabile qui la suivait partout… Et elle fit d’Erwin son public.
Son seul et unique public.
Peut-être qu’avec l’âge saura-t-i capable de jouer?
Et ce jour-là, pourrait-elle l’aimer?
Elle n’avait pas pris le temps de le savoir.
Elle était partie le jour où elle avait voulu mourir.
Karanese l’enterrerait.
Elle n’appartenait pas à ce monde.

La calèche s’arrêta : ils étaient arrivés.
Elle ne s’était pas rendu compte à quel point elle observait le garçon.
Elle serra les dents et se refit dédaigneuse.
Elle sortit la première, passant devant eux sans la moindre attention à son fils.
Erwin, pourtant, n’avait d’yeux que pour elle.
Blonde, comme lui.
Des courbes pulpeuses malgré des membres fins.
Des yeux si vifs qu’ils vous glaçaient sur place.
Des yeux à se damner…
Était-ce pour ça que son père était tombée pour elle?

« Erwin, allez. »

Tywin l’appelait.
Il se retourna vers lui, le suivit docilement, complètement perdu dans un univers loin du sien.

La maison de Mitras n’avait rien à voir avec celle de Karanese.
Elle avait un jardin qui s’étalait sur un kilomètre.
Des domestiques qui s’agitaient dans tous les sens.
Une terrasse avec une plantation exotique, des fleurs qui embaumaient l’atmosphère.
Des colonnes blanches, des briques d’argent.
Erwin se sentait inapte à habiter un tel endroit, mais la main de son grand-père placée sur son épaule l’invita à le suivre.

---

Les Wolff étaient les trésoriers du Roi depuis des génération.
Gardiens du trésor et possédant plusieurs banques dans Sina, ils avaient fait leur fortune majoritairement par connexions et faveurs.
Leur investissement depuis plusieurs décennies dans le culte du Mur les avait fait connaître dans toute la haute société pour leur charité et leur amour des Fritz.
De loyaux sujets, serviteurs de la couronne, membres de l’ordre établi.
Mais surtout. Surtout. Des citoyens dignes de confiance ; le modèle de la bienséance.
Tywin était le dernier héritier Wolff connu et à la nouvelle de la mort de Marshall, l’opportunité de garder la fortune dans la lignée se fit comme une bénédiction.
Avec Elsa qui refusait de prendre époux et sa carrière à la cour qui était florissante, Erwin était la solution facile à ses problèmes.
La mort de sa femme plusieurs années auparavant avait été une tragédie, surtout lorsque sa fille unique se refusait à tout compromis… Le bâtard d’Elsa lui épargnerait un autre mariage… Et il ferait de ce gamin de Karanese un digne descendant des Wolff.
Il serait éduqué, il serait bienséant, il serait dressé, il serait obéissant, il serait croyant ; il ferait d’un enfant un grand homme.
Cette petite chose du Mur Maria deviendrait son apprenti, sa pupille, qu’il le veuille ou non… Que ce soit par obligeance ou gratitude, Erwin Smith serait l’un des leurs.


Pendant cinq ans, Erwin fût au service de Tywin Wolff.
Jamais ne fût-il présenté comme son petit-fils.
Il était le protégé des Wolff.
Sans doute avouer qu’Elsa ait pu avoir un enfant hors mariage était trop honteux pour des gens aussi sculpturalement faux.
Bien paraître, bien parler, bien agir, bien penser, bien divertir…
Erwin excellait dans ces Arts.
Son grand-père le lui faisait souvent remarquer.
Un Wolff, il était un Wolff plus qu’un Smith.
Tywin le formait dans tous les sens, bourrant son crâne avec l’aide de différents précepteurs pour des domaines qui dépassaient complètement le garçon de douze ans.
La philosophie, la politique, la religion, la rhétorique, la poésie, les mathématiques, l’astronomie…
Des choses si futiles.
Des choses qu’il enregistrait malgré tout, sans broncher.
Apprendre et psalmodier, deux choses qu’il avait appris si tôt qu’il le faisait par nature.


Ce furent cinq années qu’il tenta d’avaler et d’assimiler tant bien que mal.
Cinq années à jouer un personnage qu’il ne lui ressemblait pas.
À jouer le noble Wolff alors qu’il n’était qu’Erwin Smith.
Erwin Smith, le gamin de Karanese.
Erwin Smith, le gamin bizarre du voisinage.
Erwin Smith, le gamin qui voulait venger son père.
Juste un gamin qui jouait à des jeux d’adulte avant l’âge.

Les images du livre qu’il avait découvert la nuit de son départ habitait encore son esprit.
Il n’en parlait pas.
Personne à Sina n’y verrait l’intérêt.
Personne ne le croirait.
Marshall Smith avait été un exemple concret de ce qu’on pouvait faire à ceux qui ne tenaient pas leur langue.
Du moins, c’était ce qu’Erwin avait fini par convenir à force de discuter avec certains membres de la police militaire qui passait chez eux.
Certains « mensonges » méritaient d’être traité correctement.
Mentir, c’était une trahison.
Et ce qu’Erwin avait fini par déduire, c’était surtout que son père s’était approché trop près d’une vérité pour le laisser vivre.
Erwin avait simplement approuvé docilement ; personne n’oserait confronter un Wolff.
Ils avaient trop d’influence, trop de contacts pour être atteignables, mais surtout, ils étaient trop blancs, trop lisses pour être coupables de quelconque faute.
Ces quelques remarques, ces quelques informations, il les collectait en silence, patientant qu’enfin son heure arrive, qu’il obtienne vengeance, qu’il paie le sacrifice de son père…
Bientôt, il quitterait ces Murs.
Mais en attendant, Erwin resterait un Wolff…
Jusqu’à ce qu’il puisse redevenir Erwin Smith.

---

Ce qui le poussa à partir, pourtant, ce ne fût ni les informations qu’il possédait.
Ni tout ce qu’on le forçait à ingérer.
Ni l’imposition d’une noblesse qu’il falsifiait à coup de jeu de rôle.
Ni la pression de Tywin Wolff à reprenne son rôle au sein de la famille.
Ni ce monde qu’il supportait par dépit, dans l’attente d’atteindre l’âge nécessaire pour disparaître.
Ce fût Elsa Wolff.

Il ne sut pas exactement quand sa mère se mit à porter attention à ses faits et gestes.
Peut-être la première fois qu’elle le surprit à jouer ses pièces dans le boudoir.
Ou encore la première fois où elle le surprit dans le jardin, près des pêchers, un livre sur ses jambes allongés.
C’était d’abord par curiosité, il avait pu le deviner.
Cette façon qu’elle avait de errer dans son espace, sans se faire remarquer, comme un fantôme leurrant les vivants.
Elle avait doucement pris part à une vie qu’elle avait jusqu’alors ignorée.
Elle corrigeait ses notes au piano.
Partageait les rares repas de famille en présence de son fils et son père.
Replaçait ses mèches en désordre.
Redressait sa posture.
Renouait ses cravates.
Lissait ses vêtements.
Embrassait son front.
Puis ses joues.
Et avant qu’il ne puisse s’en rendre compte, Elsa se mit à partager son lit, glissant dans sa chambre après minuit, se dénudant sans pudeur, collant son corps sur celui de son fils.
Ils partageaient la même taille.
Et ces nuits, d’abord de rares occasions, devinrent de plus en plus fréquentes.
Une occurrence qui rendait Erwin nerveux sans qu’il puisse savoir pourquoi.
Il aimait la chaleur d’Elsa.
Ses caresses parfois déplacées qui finissaient par s’estomper lorsqu’elle s’endormait.
Son souffle sur son cou quand elle lui murmurait de drôles d’histoire d’un passé dont il n’avait quasiment aucun souvenir.
Avoir une mère… Était-ce ce que ça impliquait?
Des secrets à pas d’heure.
Des étreintes résilientes par peur de voir l’autre disparaître.
Des baisers sur des mots qu’il n’arrivait pas à trouver sincère.

Et puis tout changea le 25 décembre de l’an 827.
La soirée avait été arrosée.
Un peu trop, sans doute.
Erwin s’était glissé sous ses couvertures quelques heures avant le lever du soleil.
Il s’était endormi aussitôt.
Il n’avait rien entendu ni senti jusqu’à ce que la voix résonne à son oreille en un long soupir, lorgnant sa tempe.

«Tu as ses yeux… Mais ce sont mes iris. »

Elsa.
Endormi, il tourna la tête lourdement vers elle encore intoxiqué par l’alcool et le sommeil.
Un rictus, sa phalange effleurant le coin de son œil gauche, glissant le long de son visage qui développait des traits qu’elle n’avait jamais remarqués auparavant.
Erwin ne serait bientôt plus un enfant…
Ou l’avait-il seulement été?
Elle ne se rappelait plus quand exactement elle avait commencé à voir l’ombre d’un homme derrière ses traits infantiles.
Il restait docile à ses moindres traitements.
Encaissait ses injures comme ses compliments à mi-voix.
Il était peut-être plus près d’une ombre que d’un homme, mais il était quelque chose qu’elle avait créé.
Une composition maladroite qu’elle avait dû partager à contre-cœur.
Qu’elle arrivait, peut-être, à aimer maintenant comme elle n’aurait jamais pu le faire sur la rue Arcan.
Elle fit une halte sur ses lèvres, curieuse.

« Et ma bouche. »

C’était un fait : autant pouvait-il lui rappeler Marshall Smith, il était définitivement le fils d’Elsa.
Du bout des doigts, elle s’était remise à effleurer la ligne de ses lèvres, admirative devant la reproduction de ses propres traits.
Elle se pencha, d’abord hésitante, puis, en regardant les yeux encore ouverts de son fils, elle posa sa bouche sur la sienne, possédant sa bouche délicatement à coup d’étreintes mesurées.
Un hoquet surpris.
Son estomac s’était noué… Et Erwin n’avait pas bougé.
Il ne bougeait jamais.
Ses yeux étaient toujours ouverts pendant qu’Elsa passait sa langue sur la chair rosie par le contact.
Elle recommença encore. Puis encore.
Et encore.

Son corps ne savait comment lui répondre.
Sa tête tentait d’assimiler les mots, les gestes.
Rien ne pouvait dissoudre le surprenante horreur qui l’envahissait.
Erwin Smith était terrifié.
Simplement terrifié.
Elsa s’allongea à ses côtés, glissant ses doigts le long de ses bras, puis de son torse, de son ventre.
Il frémissait malgré l’effroi que lui procurait cette nouvelle proximité.
Cette dégoûtante sensation de plaisir qu’il ne contrôlait pas.
Qui se confrontait son mal être.
Ses pensées mourraient les unes après les autres à chaque frisson.
Il déglutit, tenta de l’interrompre et il se buta sur son propre mutisme.
Ses mots suffoquaient avant même de s’extirper de sa bouche.
Il avait la nausée.
Tous ses membres étaient intacts… Et pourtant il se sentait mis en pièce.
Démembré.
Écoeuré.
Éventré.
Échiné.
Alors pourquoi prenait-il plaisir à sentir Elsa fondre sur lui?
Son souffle sur sa bouche, ses mains qui massaient son entrejambe, ses seins qui s’appuyaient sur son flanc…
Il respirait de plus en plus difficilement, incapable de bouger d’un centimètre.
Son corps ne lui appartenait pas.
Son corps trahissait tout ce qu’il avait pu être.
Son corps l’abandonnait.
Ses mains serraient les draps, tirant le tissu si fort qu’il pouvait ses ongles percés le lin.
Il aurait voulu hurler, s’éloigner, s’échapper, se débattre…
Dans sa tête, il se voyait éclater, se démembrer jusqu’à se blesser lui-même...
Dans l’espoir de se libérer.
De s’en aller…
Mais il savait que ses membres ne lui obéissaient pas.
Ce qui se passait en cet instant-même… Était complètement amoral.
Ses yeux luisant dans la lumière opaline de la lune, sous les prunelles vitreuses d’Elsa.
Il voulait l’implorer d’arrêter, entrouvrit ses lèvres avant qu’il ne sente les mains de sa mère se resserrer contre son membre.
Tout ce qui sortit de sa bouche fût une longue plainte qui n’eut de réponse qu’un ricanement satisfait.

Il arqua son dos, serra les poings, tenta vainement de se débattre…
Il n’eut que le tremblement incessant de ses membres.
La chaleur qui s’installait dans son bas-ventre fracassait toute la résistance qu’il tentait de construire.
Il s’anéantissait à chaque fois qu’Elsa descendait et remontait.
Sombrant dans des plaintes gutturales qui noyaient les gémissements complaisants d’Elsa Wolff.
Il ne contrôlait plus rien.
Ni ses palpitations cardiaques qui défonçait son thorax, ni son souffle rachitique, ni le raclement maladroit de sa gorge qui étouffa son dernier gémissement.
Sa main s’aplatissant sur sa bouche comme un mode de défense.
Un inutile mode de défense qui ne pouvait rien rattraper de ce qui venait de se produire.
Le liquide chaud et écœurant coulait sur son ventre et entre ses cuisses pendant qu’Elsa léchait sa carotide.
Cette sensation, ce soulèvement, cet envoûtement.
Il en avait perdu le souffle.
Ses cils humides des larmes qui patientaient au premier battement pour rouler sur ses joues.
Son corps entier perlait de sueur.
Sous lui, le matelas était trempé.
Incapable de se décider entre le climax du plaisir et l’abîme de l’horreur.

« Personne ne te connaitra mieux que moi, Erwin. »

Cette phrase.
Cette phrase aliénante qui lui donnait le força à ravaler la bile dans sa bouche.
Personne ne le connaissait moins qu’Elsa Wolff.
Personne ne le connaîtrait plus jamais.
Pas comme ça.
Ni ici.
Personne.

Il n’avait pas bougé cette nuit-là.
Pas quand il avait senti son sperme séché sur ses cuisses.
Ou quand sa mère s’endormit enfin.
Il avait laissé sa main à sa bouche tout ce temps, étouffant ses sanglots pendant qu’il pleurait comme il ne l’avait jamais fait auparavant.
Elsa Wolff avait tué Erwin Wolff.
Il devait disparaître.
Il devait se laver. Se frotter jusqu’à ce qu’il arrache les moindres traces des Wolff.
Les moindres traces d’un plaisir qu’il se maudissait d’avoir éprouvé.
D’un personnage qu’il exécrait jusqu’à s’en rendre malade.
Et pourtant, il ne pouvait pas bouger.
Il était prostré.
Figé.
Piégé.
Jusqu’au lever du soleil, il ne s’était jamais senti aussi sale.
Jamais aussi honteux.
Jamais aussi faux.
Jamais aussi inhumain,
Il s’était éclipsé lorsqu’il s’était assuré qu’Elsa ne puisse se réveiller sous ses mouvements.
Il avait pris une douche.
Puis deux.
Puis trois.
L’odeur de sa mère ne s’évaporait pas.
Il n’y avait qu’elle.
Partout.
Pendant les mois qui suivirent, Erwin ne dormit plus dans son lit.
Ni dans sa chambre.
Il errait dans la demeure à la recherche d’endroit où Elsa ne pouvait pas le trouver.
Un endroit qu’il ne dormait que quelques heures avant de changer sa localisation.
Jamais les Murs ne lui avaient semblé aussi accaparant.
Comme si tout le ramenait à un statut difforme de projet des Wolff de Sina.

Et pendant cinq long mois, il répéta le manège… Jusqu’à ce qu’il ait trouvé le moyen le plus facile pour quitter Mitras.

Le 16 juin de la même année, Erwin Smith rejoignit le camp des recrues militaires à l’insu de sa propre famille.
S’effaçant de tout ce qu’il avait fini par détester.
S’effaçant d’Elsa Wolff.

C’était le premier pas à franchir pour accomplir pour redevenir ce qu’il avait été.
Avant.




Lun 23 Oct - 2:33
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The Strange Story of a Lonely Soldier







Histoire


« We were supposed to join de Survey Corps together. »




Un mouvement sec.
L’adolescent ouvrit ses yeux assommés par le sommeil.
Ses prunelles rencontrèrent deux grandes orbites bleues luisant sous le reflet des lanternes à l’extérieur de la baraque.
Assis au sol, les jambes en tailleur, il agitait doucement un petit cahier sous le nez de l’endormi.  

« Erwin! Mais qu’est-ce que tu fous? Va dormir! »

Nile s’était laissé retombé lourdement sur son matelas.
Quelle heure était-il?
Erwin se redressa un peu pour taper sur la structure du lit pour avertir l’occupant du haut.

« J’ai pensé à une stratégie pour l’exercice de demain. »

Réveillé par le coup, le troisième membre du trio laissa échapper un grognement.
Mike étira son cou afin d’apercevoir ses deux amis parler tout bas.
Il passa une main sur son visage. Zacharias détestait les séances d’illumination de son ami.
Erwin et ses idées…
Elles ne pouvaient jamais attendre une heure : il fallait qu’il en parle.
Là. Tout de suite. Maintenant.
Qu’importe le temps ou combien les gens étaient désintéressés…
C’était un besoin viscéral.

La discussion à mi-voix avait fini par réveiller le reste du dortoir qui tentait vainement de récupérer de leur entraînement de la veille.
Jonas, Edwood, Bastian.
Les trois autres finirent par se joindre à la discussion à grand peine.
Le seul bon point avec Erwin et ses éclairs de génie, c’était qu’avec eux, ils avaient réussi à se placer au top des recrues en moins d’un an et à maintenir leur supériorité.
Jonas était en deuxième place, Edwood en dixième et Bastian balançait entre la septième et la huitième.
Jonas excellait en travail d’équipe et était un leader né. Edwood, c’était sans doute sa grande capacité de survie et à lire les situations ; lent sur les bancs d’école, mais rapide sur le terrain.  Bastian était un cas à part :  silencieux, discret, c’était sa force et son obéissance qui faisait de lui un candidat parfait pour le mode de vie militaire : il connaissait personnellement la plupart des hauts-gradés. Soldat de père en fils, sa famille avait fini par acquérir une certaine réputation que Bastian tenait en grande estime.

Mike, quant à lui, était au premier rang. Personne n’avait sa force ou son instinct. Les combats au corps à corps, à l’arme blanche ; sur le terrain, Mike était la recrue qu’on voulait avoir dans son équipe.
Mais ce qui rendait Mike exceptionnel aux yeux d’Erwin Smith, c’était son odorat.
Il le questionnait sans cesse à ce sujet :
Comment pouvait-il sentir les choses que personne ne percevait?
Pourquoi était-ce ainsi?
Était-ce génétique?
Qu’est-ce qu’il sentait chez les gens?
Qu’est-ce que lui, Erwin Smith,  sentait?
C’était un parfum ou une marque?
Ou plutôt un souvenir olfactif?
Et Mike se souvenait avoir passé la pire semaine de toute sa vie jusqu’à ce qu’il dise à Erwin qu’il sentait le pin et le savon bon marché.
Même si Erwin se l’était bouclé par la suite, Mike pouvait deviner que ses grands yeux bleus restaient avides de choses dont il ne connaissait pas la réponse lui-même.

Nile était au rang quatre et le meilleur cavalier de toute la cohorte.
Il n’avait pas l’instinct de Mike, ni sa force, mais il avait du savoir-faire et il s’adaptait rapidement.
Le plus gros défaut chez Dawk, c’était son caractère abrasif : plus à l’aise avec sa jument qu’avec ses coéquipiers, il possédait néanmoins une confiance aveugle pour les gens qu’il avait en estime.
Contrairement à Zacharias, il utilisait plus sa tête que ses muscles.
Obéissant et respectant l’autorité, il était un soldat né.
Avec une bonne supervision et beaucoup d’encouragements, Nile Dawk pouvait exécuter les manœuvres les plus risquées et compliquées, mais restait-il qu’il devait être dirigé.

Erwin, quant à lui, se classait au sixième rang : il était agile pour sa taille, excellait dans la manœuvre de son dispositif tridimensionnel.
Un peu casse-cou, mais il était ingénieux et très persuasif pendant les opérations de terrain.
Toutefois, l’endroit où il brillait réellement, c’était dans les salles de classe. Il était alerte, créatif, intelligent… Et la plupart des instructeurs avaient fini par se méfier de cette petite tête blonde qui cachait quelque chose d’étrange, quelque chose d’un peu trop brillant pour son âge.
Erwin était toujours hors des normes et poussé par l’arrogance de sa jeunesse, il questionnait l’ordre, revendiquait des explications, des raisons pour se battre…
Des raisons pour tout.
Il était excentrique.
Il était indiscipliné.
Et les autres recrues l’aimaient pour ça.
C’était ce qu’il y avait de terrifiant chez le jeune adolescent.
Il était capable de monter la légion, de la mettre de son côté…

Mike, Nile et Erwin.
Tous trois étaient capables de communiquer sans un mot.
D’un regard ou d’un geste.
Et tous les trois n’avaient qu’une envie : explorer le monde extérieur.
Les murs les gardaient en enclos comme du bétail.
Les laissaient dans l’ignorance et si Nile et Mike ne semblaient pas emballer par l’idée au départ, Erwin s’était montré persuasif.
Il parlait d’un monde plus grand que nature, discourait sur des théories sans queue ni tête et si toutes les recrues le trouvaient complètement taré…
Il y avait le doute.
Erwin Smith était-il un complet imbécile ou un génie?
Il avait chez Erwin cette assurance, cette certitude.
Si la plupart d’entre eux n’avait vu que le gamin bizarre qui venait de Karanese, plus ils l’écoutaient parler, plus ils sentaient le doute envahir leurs esprits…
Et si ce lunatique avait raison?
Jonas, Edwood et Bastian s’étaient joints à leur folie, et puis, après presque trois ans à s’acharner, Erwin avait presque convaincu la moitié de régiment.

Erwin d’ailleurs avait tout fait pour rester l’idéal qu’il avait créé parmi ses confrères.
Il ne parlait ni de Sina, ni d’Elsa Wolff.
Il dissimulait la plupart des connaissances qu’il avait acquises, manquant volontairement certains tests pour sa propre cause.
Trop en savoir, c’était se vendre.
Lorsqu’on l’avait recruté, il avait menti sur tout, sauf sur Karanese.
Les seules choses réelles qui existaient dans son dossier restaient son nom, sa date de naissance et le nom de son père.
Erwin Smith s’était créé pour disparaître de Sina…
C’était de la fraude.
Peut-être aurait-il pu rester à Mitras…
Mais il avait appris ce qu’il avait à apprendre et il n’avait nulle part où retourner.
Les Wolff ne verraient pas l’intérêt de le reprendre, il n’avait pas l’âge pour rentrer à Karanese.  
L’armée avait été sa seule porte de sortie et le peu de tranquillité qu’il pouvait s’accorder.
Pour lui.
Seulement lui.

Dans septs jours, les trois garçons devraient se montrer à la hauteur.
Dans sept jours, ils montreraient au monde que les recrues pouvaient aussi les impressionner…
Et Erwin désirait une chose plus que tout : se faire remarquer du 11e commandant de la Survey Corps, James Westwood.



---


« Dawk! Smith! Zacharias! Qu’est-ce que vous avez foutu?! »

Difficile à dire.
Erwin gardait la tête basse malgré le sourire qu’il retenait à grand peine.
Elijah Kane était furieux.
Plus que ça : Kane allait leur arracher la tête à tous les trois.
Erwin au premier plan, Nile et Mike derrière, silencieux.
Le blond avait ouvert la bouche pour s’expliquer, mais il fût interrompu brusquement par la main de Kane qui s’abattit derrière sa tête, le happant si fort qu’Erwin sentit son cou craquer.

« Je sais pas ce qui me retient de vous renvoyer d’où vous venez, bande de sans cervelle. »

Et les sourires qu’ils retenaient disparurent aussitôt.

Tout avait commencé avec les démonstrations de 828.
Chaque année, les nouvelles recrues s’aventuraient dans les rues de Trost pour démontrer l’accomplissement de l’entrainement militaire. Ou du moins, pour montrer aux citadins que leurs taxes ne servaient pas nécessairement à rien.
Le parcours était simple : traverser un quartier en moins de trente minutes, obstacles compris.
Les civils étaient invités à observer de certains points fixes dans la ville.  
L’instructeur Kane les avait avertis : les trois commandants seraient de passage ; c’était un moyen pratique de sélectionner certains cadets pour tenter de les recruter… Sans compter les quelques nobliaux curieux de voir les futurs protecteurs des Murs à l’œuvre, la plupart venant expressément de Sina.
Sina.
Juste le nom avait fini par rendre Erwin nerveux.

C’était le moment où jamais de faire leurs preuves.
Et le plan qu’avait fait Erwin aurait fonctionné… S’il n’avait pas été distrait.
Comme un imbécile. Comme un débutant.
La manœuvre, ils l’avaient répétée mille fois sur le terrain : elle était risquée, mais pas impossible.
D’abord, Mike devait les attendre sur un toit, ensuite, il devait rattraper Erwin par le bras gauche pour changer la trajectoire de son dispositif tridimensionnel.
Le reste reposait sur Nile : Erwin devait l’attraper par le mollet et, avec la force de réception et une grande prise de vitesse, il devait le balancer sans l’aide de son appareil.
Un vol libre, sans câble pour qu’il aille retrouver Mike de l’autre côté exactement du parcours.
Les Titans de bois étaient le dernier de leurs soucis : ils voulaient performer en vitesse et en trio.

En tout, ils avaient calculé soixante-sept secondes.
C’était un temps record, mais ils étaient confiants.
S’ils réussissaient à se coordonner, ils seraient remarqués sans le moindre doute.
En soixante-sept secondes, Erwin avait dénombré un maximum de dix-neuf mouvements. Un de plus et ils seraient en retard, un de moins et l’un d’eux pourrait finir en miettes sur le sol.
Et tout c’était très bien passé, jusqu’au dixième mouvement, et où ses yeux croisèrent des prunelles trop familières pour être oubliées…
Elsa?
Sa tête rivée sur Nile passa de son coéquipier à la foule.
Il avait fait le focus sur la tribune de gauche qu’il venait de passer.
Son regard devint hagard.
Perturbé. Agité.
Ses membres instables.
Il passait de visage en visage…
Il se sentit paniquer, perdre ses moyens…
Il n’entendit pas lorsque Nile l’appela.
Ne sentit pas ses câbles lâcher prise.

« ERWIN! »

Et crac.

la chute fût brutale.
Et la dernière chose dont il se souvint, ce fût le poids brut de Nile qui l’entraina directement de bord en bord d’une résidence de la rue Duke, effrayant non pas seulement le propriétaire du bar, mais également la plupart des clients qui ne s’attendaient certainement pas à voir deux cadets tomber du toit et défoncer une bonne partie du plancher.

Kane avait toutes les raisons d’être furieux : ils avaient mis en danger plusieurs citoyens, détruit la toiture d’une résidence, déranger l’ordre public.
La seule chose qui pouvait ressortir de leur exploit c’était leur lamentable échec.
Pour la première fois depuis qu’il avait rejoint les militaires, pourtant, Erwin se sentait profondément responsable.

« Qu’est-ce que vous avez à dire pour votre défense? »

Rien. Ils n’avaient rien à dire pour leur défense.
Ils avaient fait du zèle et ils en récoltaient les conséquences.
Erwin s’était avancé d’un pas, avait collé ses talons, levé la tête, mis son poing droit sur son cœur.

« - Nous n’avons pas d’excuse, Instructeur Kane. Vous m’en voyez désolé. Zacharias et Dawk n’ont fait que suivre mes idées. Si vous devez renvoyer quelqu’un, ce devrait être moi et moi seul.
- Que… Quoi? Qu’est-ce que tu…
- J’ai convaincu Nile et Mike. J’aurais dû montrer plus vigilant, j’ai risqué la sécurité de mes partenaires… J’ai sali la discipline de toutes les recrues, Instructeur. Je mérite la punition que vous jugerez adéquate.  »


Et il s’inclina. Profondément et solennellement.
Kane sentit son visage se décomposer.
Cet imbécile savait comment se rendre valeureux et le déstabiliser.

« Je ne peux pas vous offrir d’excuses, Instructeur. Que ma responsabilité. »

Mais quel gamin de quinze a ces manières?
Cette humilité.. Et ce discours.  
Une petite troupe de gens commençaient à se condenser autour d’eux…
Et tout ce qu’eux voyait, c’était cette admirable tête blonde, charmante de visage, envoûtante de voix, se confondre en excuses, protéger ses coéquipiers..
Et Kane n’avait jamais autant haï Erwin pour choisir un peu trop bien ses moments.
Ce morveux prendrait un mur, un jour…
Mais pas aujourd’hui.
Kane tenta de reprendre le contrôle de la situation.
Une main nerveuse passa derrière sa nuque avant qu’il ne soupire, exaspéré.

« Oi, gamim, relève-toi. T’as d’la chance d’être une recrue. »

Et à ce moment précis, Erwin sut qu’il avait gagné.
Mike et Nile ne dirent rien, mais il put les entendre recommencer à respirer.
Si son expression resta neutre, ses yeux luisaient d’une étrange satisfaction… Satisfaction qui n’échappa pas l’instructeur.
Il prit Erwin par l’oreille avant de le tirer avec lui :

Ce qui ne veut pas dire que vous allez vous en sortir, sales gosses. »

Les deux autres suivirent la recrue et leur supérieur avec une frayeur renaissante.
Nile et Mike ne pouvaient détacher leurs yeux d’Erwin, l’échine courbée, qui tentait vainement de suivre la cadence de l’instructeur.

« Vous serez banni du terrain d’entraînement jusqu’à nouvel ordre. Vous avez de la chance d’être tous les deux en vie et en un morceau, vous savez ça, Dawk, Smith?
Si je vous reprends encore une fois à faire ce genre de conneries, je vous pendrai par les pieds sur la place publique, me suis-je bien fait comprendre? »


Oui, Monsieur.
Parfaitement, Monsieur.
Tout ce que vous voulez. Monsieur.
Les trois adolescents ne pouvaient pas se défendre autrement qu’en acceptant tous les termes d’Elijah Kane.
Ils furent trimballés dans la ville comme des enfants de garderie, les humiliant davantage lorsque James Westwood se mit à rire sur leur passage.
Erwin s’était senti rager…
Pour l’impression, c’était raté.

Kane les conduisit devant le bar qu’ils avaient ruiné, poussa Erwin Smith dans l’entrée pour qu’il entre sous le regard ébahi de Daryll Rosenthal et de son épouse.
Elijah s’était radouci devant le quadragénaire avant de lui proposer aimablement l’aide appropriée…

« Vous trois. Vous allez réparer vos dégâts…
Les réparations seront à vos frais, dites adieu à vos économies… Et jusqu’à ce que cet endroit soit impeccable... Je ne veux pas voir vos sales têtes sur le terrain, compris ? »


Piteux, lamentables… Pitoyables.
Erwin était sur le point de s’imposer une nouvelle fois lorsqu’il sentit les mains de Mike et Nile le retenir en arrière et, pendant que les trois amis se lançaient des regards sous une discussion muette et entendue, une voix claironnante perça le malaise palpable dans la pièce.

« Regardez-moi ces trois p’tits cons se la jouer, Papa… Faut croire que les soldats peuvent servir à quelque chose de temps en temps… »

Et elle rit.
Un rire clair.
Un rire malin.
Un rire sincère.
Et se fut les premiers mots qu’Erwin Smith entendit de la bouche un peu trop pulpeuse de Marie Rosenthal.


---





Mike plaisait aux filles.
Il était réceptif, un peu bourru, mais attentif - c’était un joli mot pour altérer son perpétuel silence.
Erwin se moquait à toutes les fois qu’il y avait un nouveau nom  qui apparaissait dans leurs conversations: elle est courant pour les autres?
C’était qui la dernière déjà? Béatrix?
Non. L’autre, Gisèle.
Ou peut-être Cassie.
Non, définitivement, son prénom commençait par un « T ».
Mike grognait, Erwin gloussait et Nile grinçait.
[i]« Peu de mots, peu de malentendus »
ne s’appliquait sans doute pas à Mike à cette époque.

Nile était tout l’opposé.
Il était grincheux, souvent blessant par son ton ou ses réactions.  
Pourtant, des trois, c’était sans doute celui qui souhaitait ardemment avoir quelqu’un pour le comprendre… Il n’en parlait pas, jamais, mais les deux autres le devinaient à ce silence qu’il entretenait lorsque Mike ramenait des filles pendues à ses bras.
Ou à son cou.
Elles ne seraient que des souvenirs, le savaient-elles?
Nile se taisait. Forcément.
La langue aurait pu fourcher et il aurait pu perdre ce à quoi il tenait réellement.
D’aussi différents soients-ils, le trio était inséparable, un semblant de famille.
Un semblant d’univers dans un monde qui leur échappait complètement.
En dehors d’Erwin et Mike, les relations qu’il entretenait étaient rarement amicales.
Quelques camaraderies ici et là… Mais rien comme les deux blonds.
Rien comme le lien qu’ils avaient fini par créer sans même s’en apercevoir.
Un jour, ils avaient été cadets… Et dans quelques mois, ils gradueraient.
Deviendraient des soldats.
Côte à côté.
Des frères d’arme…
Et combien de temps cela durerait-il?
Ils n’en parlaient jamais, comme une promesse sous-entendue.
Un « pour toujours et à jamais » dans une blague ou une tape sur l’épaule.
Le rire d’Erwin devant les conneries de Mike.
Les accolades trop familières de Mike quand Nile devenait trop bougon.
Les longues conversations avec Erwin sous les étoiles à raconter des histoires, des constellations…
Les courses avec Mike dans la forêt où il gagnait à tout coup.
Les plans un peu trop fous d’Erwin qui les mettaient toujours dans l’embarras…
Et en y repensant, Nile sentit toute sa jalousie se diluer dans l’affection qu’ils avaient mutuellement.
Un soupir…
Ce n’était que des filles…
Si les soldates appréciaient son apparence, elles finissaient par se lasser… Ou pire, se tourner vers Mike ou Erwin.
Erwin ne ferait rien.
Il ne faisait jamais rien.
Mais Mike…
Mike ne se gênait jamais.
Il avait plus de conquêtes que toutes les recrues confondues en âge et en sexe…
Mais encore, Nile se raisonnait.
Ils étaient des amis avant tout.

Quand Marie Rosenthal était apparue dans leur vie à tous les trois, elle était devenue un sujet de conversation presque incontournable quand ils rentraient à leur baraque.
De trois ans leur aînée.
Elle avait les cheveux roux.
Une peau trop pâle.
Des formes provocantes, sulfureuses.
Une voix chaleureuse.
Elle était brûlante, dans tous les sens du terme.
Captivante, charmeuse, charmante, vive, rassurante, avenante, d’une gentillesse qui dépassait l’entendement .
Du moins, c’est ce qu’elle présentait devant les autres.
Avec les trois cadets, pourtant, elle était moqueuse, insubordonnée, profondément dédaigneuse, effrontée, railleuse, impatiente et, sans doute, un peu admirative lorsqu’elle restait là, les bras croisés à leur crier qu’ils devraient se dépêcher.
Qu’elle doutait que ce soit au niveau.
La planche, là-bas, elle ne devrait pas aller sous le bardeau d’abord?
Une plaie.
Marie Rosenthal était une plaie.

Mike n’aimait pas Marie.
En même temps, Erwin avait noté qu’elle ne faisait rien pour se faire aimer du plus grand des trois.
Elle prenait un malin plaisir à s’acharner sur Mike depuis la première journée pour la simple et bonne raison qu’il avait tenté de la courtiser… Même, s’il insistait à chaque fois que ce n’était que par politesse…
Erwin était poli. Mike était pratique.
Il ne faisait rien pour rien.  
C’est sans doute au moment où elle avait rabroué Mike devant le bar entier que Nile s’était mis à la considérer autrement qu’en tant que la fille de son employeur temporaire…
Nile l’avait aimé pour cette façon qu’elle avait de les insulter.
Cette façon sans gêne de se montrer devant eux, supérieure, dans toute sa grandeur, comme la reine des lieux.
Ses prunelles couleur d’été étaient crues… Et sans même s’en rendre compte, déjà...
Nile l’aimait trop.


Erwin n’y comprenait rien.
Si le blond voulait quelque chose, c’était d’en finir une bonne fois pour toutes avec cette foutue toiture.
Il avait gâché leur démonstration et failli tuer Nile dans imprudence.
Le reste n’avait pas d’importance.
Le reste n’en avait jamais eu.
Une goutte de sueur perlait sur le bout de son nez pendant qu’il tentait de se concentrer vainement.
Il avait des coups de soleil partout, la bouche sèche, les cheveux humides dans l’effort...
L’été était étouffant.
Il laissa ses yeux dérivés sur le premier nuage qui cachait le soleil.
Un bref sourire.
Il prit quelques secondes pour s’approcher du rebord du toit, observant le quartier maintenant fourmillant de passants.
Comment avait-il pu être aussi perturbé au point d’avoir oublié ses camarades.
Sa mâchoire se serra.
Ses poings aussi.
Elsa… Avait-elle seulement été présente?
L’approche de la graduation avait cet effet sur lui…
Si elle décidait de revenir... Qu’est-ce qu’il pourrait faire contre ça?

« Erwin. »

La voix de Mike le ramena à la tâche.
Un sourire chérif et une brève excuse quitta sa bouche pendant qu’il vint s’agenouiller près du de l’autre.
Mike était le plus manuel des trois.  Surprenamment, Erwin le suivait de près, tâchant de reproduire les moindres mouvements de son ami tandis que Nile traînait de la patte.
Il prenait sans doute très mal d’avoir été insulté par une des serveuses lorsqu’il avait offert une fleur à Marie, la veille.
Et encore plus que cette journée-là, Marie Rosenthal prenait un malin plaisir à leur rappeler leur incompétence.
Elle pouvait passer de longues minutes à les observer avec un sourire aux lèvres, les bras croisés, comme une contremaître, qui, selon Mike ne pourrait que faire retarder les travaux avec une vue pareil.
La remarque avait fait rougir Erwin, puis rager Nile.
La dispute avait fini en argumentation, et cette même argumentation avait tourné en explication.
Zacharias tenait à souligner son mépris.

Rosenthal avait une odeur qui englobait, qui imprégnait, qui collait.
Comme un parfum trop fort.
Celui qui contamine après des heures.
Qui ne s’efface jamais totalement.
Il pouvait la sentir partir.
Sur lui, sur Nile, sur Erwin…
Ce à quoi, pour une fois, Erwin s’était interposé et avait fini par stipuler que le plus tôt ils auraient terminé les foutues réparations, le plus tôt pourraient-ils tous retourner à l’entraînement.
Il n’avait pas l’intention de s’attarder plus qu’il ne fallait.
Ce qu’il avait compris de la situation restait très sommaire : Mike s’était fait jeter, Nile s’était amouraché et lui… Lui…
Lui, il voulait la paix.

Erwin n’était pas à l’aise avec les filles.
Ni les hommes, d’ailleurs.
Il restait dans une politesse évasive, une politesse qui parfait confondait… Mais Erwin ne laissait jamais un malentendu se glisser dans ses relations.
L’intimité était quelque chose dont il tenait à distance.
Il ne voulait rien.
Il ne pouvait se figurer ailleurs qu’entre Mike et Nile de l’autre côté des Murs...
Et le reste n’avait pas d’importance.
Cet honnête désir de vouloir des réponses, de s’échapper des balises qu’on leur imposait…
Rien n’importait plus…
Plus que des réponses pour un père qu’on avait tué pour étouffer une réalité qui le dépassait lui-même.
Personne n’avait su.
Personne ne saurait.

Treize jours.
Treize jours pour tout refaire, tout remettre à l’état quasi exact qu’il avait dérangé.
Daryll Rosenthal était un homme de bonne foi.
Il les avait invités à leur table, offert leur hospitalité autant que leur nourriture et leur alcool.
Rien de grandiose, mais quelque chose que les recrues avaient su apprécier à sa juste valeur.
Mike et Erwin étaient engluées avec quelques soldats de la Garnison qui avait tout vu de leur piètre spectacle.
Nile s’était contenté de regarder ailleurs.
Il l'avait remarquée en premier.
Marie.
Elle était de service… Et pourtant, elle les avait rejoints… Et pour la première fois depuis leur séjour, elle s’était montrée… Courtoise.
Enfin, autant que Marie Rosenthal pouvait le faire face à des adolescents qui avaient défoncé le toit de leur bar quelques jours auparavant.
Elle avait pris place entre Erwin et Nile, se frôlant sans cesse sur le blond qui s’éloignait à tout coup.
Cette proximité le mettait mal à l’aise…
Et elle prenait un malin plaisir à lui rappeler à quel point, dans cet environnement, elle avait le contrôle.

Les semaines qui se suivirent restèrent approximativement les mêmes.
Ils avaient été réadmis sur le terrain et, après de longues journées d’entraînement, Nile insistait : il voulait revoir Marie Rosenthal.
Malgré la résistance d’Erwin, Mike finissait toujours par le traîner en lui offrant ses prochaines tournées…
Mais en vérité, il ne savait pas exactement pourquoi il finissait par accepter.
Laisser Mike et Nile y aller seuls ne semblait pas… Correct.
Il cédait.
C’était le seul moyen pour les faire taire et rendre Nile moins grincheux.
Jonas, Edwood et Bastian s’étaient ajoutés au trio et les derniers mois de leur camp de recrues étaient soudainement un peu plus vivants.

Sans doute Erwin n'aurait-il pas eu d'intérêt pour Marie Rosenthal si elle n'avait pas insisté sur le sien.
Au début tout était naïf, malhabile. Des questions sur le camp de recrues, leurs habitudes.
Nile insistait pour qu’elle s’assoit entre eux.
Marie était soudainement devenu calme… Presque gentille.
Mais encore… Elle avait commencé à s’intéresser aux cadets pour ce qu’ils étaient.
De futurs soldats.
Ils apparaissaient soudainement moins inutiles, plus nécessaires à… Elle ne savait trop quelle tâche exactement.
Erwin parlait plus de Nile que de lui-même. De ses exploits sur le terrain, de son talent avec les chevaux. De sa famille du Mur Rose qui était des tailleurs depuis plusieurs générations… Ou encore de Mike. Mike et sa famille de contracteurs, Mike et ses talents hors norme et  sans qui  la reconstruction du bar n’aurait pas été possible.
Il parlait de tout. N’importe quoi.
Mais jamais de lui.
Parler d’Erwin Smith, c’était se commettre d’une manière ou d’une autre.
Et lorsqu’il tournait le dos, Marie parlait plus d'Erwin que d'autre chose.
Il était différent, Erwin.
Particulièrement séduisant pour son âge, délaissant les quelques traits enfantins au profit d'une carrure imposante.
Il ne s'en rendait pas compte.
Ça se voyait à la façon dont il gardait ses distances, à la façon dont il ne comprenait pas exactement où elle voulait en venir.

Toutefois, contrairement aux suppositions de Marie Rosenthal, Erwin s’en rendait compte.
Et il se dégoûtait pour apprécier ses intentions… D’apprécier un peu trop ses gestes qui le ramenaient trois ans en arrière.
Elle faisait deux pas, il reculait de sept.
Et Nile.
Nile était la raison principale qui le laissait en arrière…
Et puis Marie avait décidé pour eux, sans même qu’ils s’en aperçoivent.
Si pendant les soirs, elle se plaisait aux côtés de Nile, c’était au cou d’Erwin qu’elle finissait ses nuits.
Ce n’était rien de romantique, ou à peine.
Une étreinte dans le backstore.
Ou un semblant d’érotisme dans la ruelle.
Un dos contre le mur de brique et une main sur la bouche.
Des baisers avec trop de langues, trop de dents, trop d’alcool.
Et des promesses qu’ils ne tenaient jamais.

Marie avait toujours eu le contrôle.
Toujours.
Elle savait quand et jusqu’où elle pouvait le pousser à la quantité des verres qu’elle lui faisait ingurgiter.
Elle décidait ce qu'elle voulait faire d'Erwin.
Il n'arrivait pas à s'en détacher.
C’était d’abord physique. Puis il avait fini par croire ce que Marie lui offrait.
Que pour dix minutes, peut-être quinze, il n’y avait qu’eux de vrai.
Erwin qui pensait toujours en venait presque à tout oublier.
Presque.
Parce que peu importe ce que dirait Marie,  il y avait Nile qui attendait dans le bar.
Nile qui attendait toujours.
Et Marie qui n’avait pas le cran de le repousser…
Derrière chaque mot, il y avait l’espoir qu’elle finisse au cou de Nile. Il y avait les sous-entendus, les caresses furtives sous la table…
Et cette cruelle gentillesse avait fini par rendre le fils Dawk amoureux.

Erwin était piégé dans une romance qui se vivait à trois, où Nile était toujours invité sans même qu'il ne soit là.
Marie avait été un secret pendant plusieurs mois.
Elle avait insisté… Et pour protéger Nile, il n’avait rien dit.
Il se détestait pour ça. S’exécrait.
Nile avait sans doute eu la même idée.
Les choses au cours des dernières semaines avaient fini par changer.
Marie s’affichait avec Nile… Et Erwin était sans doute un substitut pour ce qu’il n’arrivait même pas à voir.
De toute évidence, Nile était la partie officielle qu'Erwin n'arrivait pas à lui donner.
Erwin était la partie inatteignable, fantasmagorique d'une relation dont elle disposait quand elle le souhaitait.
Nile courrait après Marie et Marie après Erwin…

Erwin s’était inquiété pour Nile.
Il cherchait un moyen de lui avouer, de lui dire que cette histoire n’avait pas de sens…
Mais comment dire à un ami, un frère, que la fille qu’il aimait passait le plus clair de son temps à ses lèvres, à son corps quand elle lui promettait mer et monde…
La situation avait assez duré quand Erwin avoua clairement à Marie qu’il ne rejoindrait pas la Garnison… Ni la Brigade.
Le Bataillon. Il n’y avait jamais rien eu d’autre que le Bataillon.

[/i]
« Choosing titans over Marie, there’s something wrong with you »



« Erwin! »

Le ton avait monté.
Il ne s’était pas retourné lorsqu’elle avait appelé son nom.
Ni la première fois, ni la deuxième, ni la cinquième.
Pas plus lorsqu’elle l’avait retenu, ses doigts agrippant son poignet, implorant.
Se retourner, c’était hésiter.
Se retourner, c’était fléchir.
C’était oublier ce qu’il avait fait.
À Marie. À Nile.  
C’était trahir son père.
C’était se pardonner.
Il s’était libéré.
Un geste vif.
Ni agressif, ni offensif,
Il devait en finir. C’était la seule solution.
C’était la meilleure solution.

« - Erwin…  Tu finiras comme les autres! Tu survivras quoi? Une Expédition? Deux avec de la chan…
- Assez, Mar…
- Et moi je fais quoi? Attendre que tu me reviennes en morceaux?  Que tu disparaisses pour de bon? »


Il avait retenu un soupir, marchant d’un pas rapide pour éviter qu’elle ne le rattrape, mais elle en avait décidé autrement.  
Marie lui fit volte-face, désemparée.
Elle avait les yeux vitreux, les cheveux en bataille, les joues rougies, le souffle saccadé, la chair de poule…
Des sensations qu’il aurait dues lui donner autrement qu’en la brisant.
Il devait lui rendre son expression désespérée parce qu’il la sentit chercher de la compassion, de la raison, de la pitié…N’importe quoi, mais quelque chose qui la convaincrait que c’était une mauvaise blague, qu’il n’allait pas s’engager dans le Bataillon… Mais elle le savait et elle l’avait toujours su… Et lui aussi.
Entre elle et les titans, il choisirait toujours les titans.
Quitte à faire une croix sur elle, sur lui-même.
S’il le savait, alors pour l’air se faisait-elle si rare ?
Il ferma les yeux. Il devait respirer. Trouver son souffle, se calmer.
Il fallait que ça cesse.

« - C’est mon choix.
- C’est du suicide et tu le sais.
- C’est la seule chose que je dois faire.  
- Qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi!? »


À peu près tout.
Il tournait à l’envers du monde.
Et Marie tournait dans le vide, dans l’espace qu’il laisserait derrière lui.
Il deviendrait un souvenir... Et peut-être, avec de la chance, qu’elle aussi.
Il détourna la tête volontairement.
Cette douleur. Ce pincement.
Il les connaissait déjà trop bien. Son sternum contractait son cœur.
Sa cage thoracique compactait le reste de corps.
Son estomac rétrécissait.
Ses membres refroidissaient.
Il s’anéantissait… Mais avant de se s’anéantir complètement, il devait anéantir Marie.
Il se haïssait davantage de douter de ses propres décisions après le mal qu’il avait causé…
Et  il avait fini par lui en vouloir à elle aussi.

« - Erwin, écoute-moi… Ce ne sont que des rêves. Des théories stupides… »

Et ce fût tout ce dont il avait besoin pour se ressaisir.
Revenir à ses convictions.
Marie ne comprendrait pas.
Il le savait… Même s’il avait espéré un peu trop longtemps qu’elle finisse par le faire.
« ÇA SUFFIT! »

Sa voix avait résonné sur chaque immeuble du quartier.
La rue entière avait dû l’entendre.
Il pouvait voir du coin de l’œil les passants s’arrêter.
À Trost, Marie Rosenthal était connue de tout le monde.
Tavernier de génération en génération, Erwin prévoyait déjà une interruption.
Ils interviendraient.
Les gens du coin se connaissaient trop pour les laisser tranquille.

Elle avait commencé à trembler.
Son visage dans les larmes et la sueur froide.
Il ne cèderait pas.
Il s’était tenu droit. Calme. Froid.
Il devait aller à contre-nature pour gagner contre elle.
À Contre-honneur.
À contre-amour.
Il déglutit : si tout devait se terminer, autant le faire rapidement.
Autant qu’il dépièce son cœur.
Que chaque miette qu’il laisserait derrière lui serait une autre raison de la haïr.
Il fallait qu’elle le déteste.
À la fin de cette nuit, il aurait balayé tout ce qui restait d’eux.
Et il se forcerait à ne plus y penser.
Il força un sourire cru à se poser sur sa bouche.
Un rire. Carnassier.
Un rire qu’il ne reconnaissait même pas.

«  Ça suffit. » Répéta-t-il d’une voix qui l’effraya lui-même : « Ce fût amusant pour quelques mois, Marie… Mais sérieusement… Ce petit jeu devient lassant. »

Son expression se décomposa.
Elle avait ouvert les yeux, incertaine.
Pour la première fois, Marie avait perdu le contrôle de la situation.

« - Erwin? Mais qu’est-ce que tu racontes?
- Je raconte que ça a assez duré.  
- Quoi?!
- Tu attends pour faire un choix… Laisse-moi le faire pour toi. »


Et il rit encore.
Il mit les mains dans ses poches, serrant les poings. S’il reculait maintenant…
Non.

« - On a eu du plaisir tous les deux, Marie… Mais c’est assez. Tout ça… Toi, moi. »

La claque était partie toute seule.
Il avait senti la main frapper sa mâchoire.
Il n’avait pas bronché.
Il était resté dans un personnage qu’il tenait comme dernier recours.
Comme porte de sortie.
Il méritait d’avoir mal.

« - Sois pas idiot. » Fit-elle en attrapant sa main, nerveuse.

Idiot.
Ce mot l’avait fait perdre le peu de calme qui lui restait.
Il ferma les yeux une micro-seconde.
Il pensa à la seule personne qui ne méritait de ne jamais savoir.
De ne jamais souffrir pour des erreurs que lui commettaient.
Nile.
Nile l’aimerait.
Il en était certain.
Nile la consolerait.
Nile serait là.
Pas lui.
Pas lui à regarder ce qui restait de son amitié avec une des seules personnes qui lui avait donné la chance d’être lui-même.
Il s’écarta une nouvelle fois.
Cette fois le message était clair : [i]« ne me touche pas. »

Il aimait mal Marie comme elle l’aimait vénéneusement.
Mike avait eu raison.
Marie Rosenthal ne leur apporterait jamais rien bon.

« Retourne auprès Nile, Marie… Ça vaudrait mieux. »

Ce fût les derniers mots qu’ils échangèrent.
Marie était restée en pleine rue.
Erwin était parti.
Ne reviendrait pas, ne reviendrait plus.
Le bar de la rue Duke ne serait qu’un immeuble parmi tant d’autres.
Et quoi qu’il advienne : entre Marie Rosenthal et lui, rien ne s’était passé…
Rien.

Des années plus tard, il avait éclipsé l’invitation de Nile à leur mariage.
De même qu’à la naissance de leur premier enfant et de leur deuxième.
Marie avait été la raison pour laquelle Erwin s’était tenu loin de Nile.
Protéger Nile…
Nile, qui, par amour, avait choisi la Brigade plutôt que le Bataillon…
Et pouvait-il lui en vouloir d’avoir choisi un vie qui en était véritablement une?
Juste une vie, tout simplement.
Sans sacrifice.
Parfois, quand la nuit est trop sombre et que le poids de son statut trop lourd, Erwin les envie.
Un peu.
Juste un peu.


---

Personne ne peut vous préparer aux Expéditions.
Personne.
Certainement pas vos idéaux ou vos convictions.
Ni l’entraînement acharné qui vous pousse à oublier où vous êtes.
Ni les trois ans au camp de recrues qui vous forcent à obéir aux ordres, à vous faire croire que vous êtes prêts à tout.
Ni les années de préparation mentale à se faire crier dessus, se faire dresser en animal, de devenir instinctifs, imperturbables.
Ni les théories interminables dans les salles de classe à vous bourrer le crâne avec les stratégies.
Ni les exercices de terrain qui vont préparent faussement à un univers qui n’existe nulle part.
Ni les histoires des vétérans qui vous soliloquent la difformité du monde avec la candeur d’un conteur de rue.
Ni les nuits à s’imaginer à leurs places.
À s’inventer des combats, des scénarios où ils s’en sortent tous indemnes.
Du prestige, de l’honneur, des exploits…
Et Lorsque James Westwood était apparu devant eux, la main sur le cœur, tous les cadets le saluèrent en retour.
Il avait un tout à promettre.
Des terres, des découvertes, des aventures.
Il offrait à une bande de gamins avides exactement ce qu’îls souhaitaient : l’espoir de devenir grands.
De ne pas être oublié.

« Ceux qui le désirent peuvent quitter. Ceux qui restent deviendront des membres à part entière du Bataillon d’exploration.
Disposez. »


Westwood les leurrait par l’ambition.
Erwin n’était pas différent des autres : à l’exterieur, il devait bien y avoir les réponses qu’ils cherchaient.
C’était ce que Marshall Smith aurait fait. Il devait se le répéter. Pour son père, il allait garder sa main sur son cœur, ses talons jumelés et attendre que la cour se déserte.
Mike était resté à sa droite.
Son bras gauche avant senti l’hésitation de Nile devant le discours…
Et il avait regardé Erwin, puis Mike.
Si le plus grand des deux l’avait ignoré, Erwin n’avait eu qu’un triste sourire à ses lèvres.
Qui était-il pour en vouloir à Nile…
Ce n’était pas son rêve qui l’avait conduit jusque-là.
Il aurait toute la chance d’être recruté par la Brigade Spéciale. Il était compétent. Il s’en sortirait sans doute mieux que tous ceux qui se tenaient encore debout, droits et fiers, prêts à donner leur cœur pour la cause.
Nile n’avait plus de cœur à donner.
C’était un choix qu’Erwin avait toujours respecté ; le choix qu’il n’avait jamais été capable de faire.
Une main sur l’épaule.
Le silence entendu.
Ils abaissèrent tous les deux la tête avant de se séparer officiellement.
Les pas de Dawk signaient des adieux muets.
Demain, Erwin serait un membre du Bataillon et Nile rejoindrait les rangs policiers.

Les minutes se succédèrent jusqu’à que vingt-trois recrues se tiennent encore devant James Westwood.
Un sourire chaleureux, les mains derrière le dos, il inclina la tête.

« Vous avez mon respect, Cadets. Saluez une dernière fois.
Ce soir, vous êtes devenus des soldats. »


L’impression d’appartenir au monde des adultes.
À un monde qu’ils avaient cru comprendre et dont ils ne savaient rien.
Ils avaient salué une seconde fois.
Signant pour un service qu’ils rendraient à l’humanité au prix de la leur.  

Personne n’avait jamais stipulé que pour combattre des monstres, ils en deviendraient un à leur tour.



[/i]
« The world is merciless, and it's also very beautiful.»



La première expédition.
Le premier pas vers le monde extérieur.
D’abord Karanese et ses grandes portes de fer. Le bruit de la foule, l’acclamation des familles, les baisers volés des au revoir, les cris de joie,  les tremblements nerveux des nouvelles recrues, les railleries des vieilles connaissances, les bousculades amicales et les blagues pas si drôles que ça.
Erwin n’avait jamais connu quelque chose d’aussi excitant.
Il s’agitait sur son cheval, une jeune jument qu’il avait affectueusement appeler Kalypso. Mike renifla d’irritation à force de devoir lui dire de se calmer. Leur chef d’escouade lui lança un regard vénéneux.
Pourtant, Erwin n’avait eu pour toute réponse qu’un petit rire amusé et l’ébouriffement capillaire maladroit de Jonas qui se tenait à côté de lui.
La voix de James Westwood résonna avec férocité.
Les Murs n’avaient jamais semblé aussi petits devant les éclats du Commandant.
Les soldats rugirent à leur tour, répondant aux moindres questionnements.
Les chevaux piétinaient le sol, hennissaient, râlaient.

«  Garnison! Ouvrez les portes! »

Ils entendirent la structure crisser.
Le bois se relever lourdement.
Trente-six secondes.
Trente-six longues secondes et enfin, la porte était levée.
Le silence s’établit sur le Bataillon.
Le régiment semblait respirer en un souffle avant que le Major talonne son cheval.

« AVANCEZ !»

Erwin avait suivi le mouvement, chevauchant aux côtés de Mike et, tournant sa tête… Il se surprit à chercher Nile.
Sa joie s’évapora le temps que la compagnie ne traverse le tunnel du Mur.
Un pincement. Une nausée…
Et puis, il y eut l’éclat immaculé qui le ramena à terre.
Il oublia tout.
Il sentit ses prunelles rétrécirent à leur maximum sous autant de lumière.
Sentir le vent frapper ses cheveux, sa peau, la crinière de sa monture.
Le vent ne soufflait jamais aussi fort entre les Murs.
Et ce paysage…
La sensation de frôler un sol où nul homme n’habitait.
Que nul homme n’avait blessé.
Il n’avait pas pu s’empêcher de se mettre debout sur sa scelle, de lâcher la bride et de se mettre à rire aux éclats.
C’était donc ça, être libre?
Voir un monde qui s’étendait à des miles.
Un ciel sans Mur.
Sans cage.
Sans Sina. Sans Rose. Sans Maria.
Juste l’immensité.  

Mike avait les yeux encore plus grands que ceux d’Erwin, mais leur émerveillement fût couper court devant l’ordre de leur chef d’escouade qui les obligea à rejoindre leurs équipes.
De petits groupes de rien du tout.
Mike, Jonas et Erwin.
Trois autres soldats dont ils ne connaissaient pas le nom, et le chef d’escouade : Keith Shadis.
Un homme aux yeux couleur miel, à la peau brûlée par le soleil et ridé par les soucis davantage que par l’âge.
Erwin n’avait jamais vu un homme aussi calme, aussi taciturne. Une image statuesque, une posture parfaite. Il ressemblait presque à une peinture… Non, une caricature.
Cette expression trop sérieuse, cette bouche trop pincée…
Shadis jappa un ordre.
Erwin la suivit.
Et si cette journée semblait trop parfaite, il ne suffit que de trois heures pour changer la situation du tout au tout.


---


« Jonas! »

Erwin tentait de le tirer avec lui.
Ses mains trempées par le sang de son camarade.
Elles glissaient contre la peau suintante et humide ; l’hémorragie était trop importante pour être contenue.
Le rouge imbibait leurs deux uniformes.
À ce rythme-là, ils ne s’en sortiraient probablement pas.
Jonas grognait, tentait de communiquer, mais rien ne sortait clairement de sa gorge; que le son guttural et rauque d’une douleur qu’il ressentait de moins en moins.
Il avait perdu une jambe et une partie de sa hanche.
Aucun garrot ne pourrait l’épargner.
S’il ne mourait pas au bout de son sang, ce serait les Titans qui l’achèveraient.

« Tiens bon.
Encore dix minutes.
Ils nous retrouveront…  »

Les yeux de Jonas révulsaient dans leurs orbites.
Il fallait le secouer, le gifler.
S’il s’endormait, Jonas ne se réveillerait pas.

« Reste avec moi, Jonas! »

Il avait parlé si vite que le soldat n’avait attrapé que quelques syllabes au passage.
Tout ce qu’il pouvait voir, c’était les lèvres crispées d’Erwin.
Son regard inquiet.
Erwin n’était jamais inquiet.
De toutes leurs années de recrues, il n’avait jamais montré un seul signe de faiblesse.
Il était calme. Froid…
Mais le Erwin devant ses yeux avait perdu tous ses moyens.  

Ils étaient là. Derrière. Si près.
Au début, ce ne fût que de faibles tremblements du sol. L’écho de souffles
Ils les entouraient.
Les Titans les auraient.
Les jambes sous le corps tremblotant de Jonas, Erwin tenta une nouvelle fois de le réveiller.
Ses doigts l’agrippaient de plus en plus fort et il sentit ses nerfs le lâcher quand il savait que le temps lui manquait.
Être dévoré vivant… Ou mourir sur le coup.
Erwin regarda Jonas le temps de prendre sa lame, les mains instables…
Il ne laisserait pas Jonas mourir au bout de son sang ou déchirer en morceaux.
L’achever.
L’achever.
Il devait l’achever avant qu’ils n’arrivent.
Avant qu’ils ne les tuent tous les deux.
Les larmes se mirent à couler malgré lui.
Il suffirait d’une pression. Petite et sèche.
Couper le système nerveux. Il ne sentirait rien…
Jonas. Il était Jonas.
Mais ils étaient à court de temps et d’espoir.
Erwin se positionna rapidement.
Une excuse alors qu’il fermait les paupières déjà inconscientes de Jonas…
Et il trancha la chair jusqu’à ce que la lame s’enfonce de bord en bord de son cou.
Il avait crié.
Toute la forêt avait dû l’entendre.
Toute la plaine.
C’était un cri animal.
Un cri inhumain qui s’échappa de sa bouche.
Ses jambes baignaient dans le sang de Jonas…
Ses jambes qu’il finit par ne plus sentir lorsqu’il s’était relevé.

Il ne sut pas exactement combien de Titans il avait entraîné avec lui.
Lorsque son escouade avait fini par le retrouver, Erwin Smith était encore assis près du corps de Jonas.
Keith Shadis avait été le premier à arriver auprès de lui.
Il avait compris ce qui s’était produit.
Erwin n’avait pas été le premier à achever un des siens, certainement le dernier.
Il avait nettoyé le garçon.
L’avait ramené au camp.
L’avait laissé avec les [i] medics

Et à son retour pour faire un rapport complet, il ne serait attendu à avoir un adolescent de seize ans attaquer le Commandant dans sa propre tente.


«  NOUS AURIONS PU LES CONTOURNER! »  

Erwin s’était accroché au collet de James Westwood et pendant que ses yeux rencontrèrent ceux du quadragénaire, il pouvait sentir l’inconfort de la surprise l’envahier.
L’adolescent était trempé de sueur froide.
Ses iris tranchantes semblaient chercher un moyen de le transpercer coûte que coûte.
Et cette douleur.
Jonas et sa gorge ouverte. Jonas et le sang sur ses vêtements. Jonas et ce qu’il ne serait plus.
Si on ne leur avait pas ordonné d’engager les Titans, tout ça… Ne serait pas arrivé.
Son souffle se faisait rare.
Mais s’ils ne l’avaient pas fait, qui d’autre aurait péri?
Erwin sentait sa confiance le lâcher. Sa tête aussi.
Sa voix se cassa en un demi-murmure.

« Et vous le savez… »

Ils étaient restés figés.
Comme ça, sans rien dire. Le silence lui confirma une chose : Jonas Westwood lui donnait raison.
Ils auraient pu changer leur tactique. Juste un peu. Un rien du tout. Combien de soldat aurait été épargné en ce jour?  
Pourtant il y avait le doute. Le doute que Westwood ait fait ce qu’il avait pensé être le mieux. Le doute que peut-être il n’y avait aucune porte de sortie à leur sort. Le doute que peut-être toutes les recrues auraient un jour à passer par-là. :
Le Commandant serra la mâchoire, et en déglutissant sous les accusations, il tenta d’articuler calmement :

« Au repos, Soldat. »

Erwin resta immobile.
Son statisme avait fini par attirer l’attention des chefs d’escouade autour, mais pas autant que le coup qu’on lui porta à l’estomac. Erwin tomba sur le sol.
Shadis s’était approché pendant que le jeune blond cherchait son souffle. Il avait tellement été absorbé par James Westwood qu’il n’avait senti la présence imposante de Jenna Schultz. Ses yeux s’humectèrent par réflexe et il remonta sa tête pour apercevoir la Capitaine. Replié à terre, elle le retourna du revers de son pied d’un mouvement ferme.

« Apprends ta place, garçon. »

Apprendre sa place.
Erwin n’attendait que de la connaître, sa place.
Le douleur n’était alors plus rien.
Une attente latente pendant qu’on le laissait sur le sol.
Un jour. Peut-être. Un jour serait-il autre chose qu’Erwin Smith, le gosse bizarre de la rue Arcan.
Karanese semblait à des années lumières à présent.
Il n’y avait que lui.
Erwin Smith.
Sans rue.
Ni histoire.
Qu’un soldat comme les autres.





[/b][/b][/i]
Lun 23 Oct - 2:38
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The Strange Story of a Lonely and Ordinary Man







Histoire


« If you don’t promote that man, he will promote himself »

Lorsque James Westwood n’était pas revenu de la dernière Expédition, Jenna Scultz s’était retirée.
Le Bataillon s’était retrouvé sans Commandant pendant plus de trois. Les chefs d’escouade avaient dû délibérer jusqu’à qu’ils aient choisi le prochain successeur : sans Commandant, la Survey Corps ne pourrait survivre.
Il fallait un représentant.
Symbolique ou non, quelqu’un qui pourrait supporter sa responsabilité.
Dans le réfectoire, les recrues pouvaient entendre l’anxiété des vétérans, le sentiment que tout pourrait trop facilement s’effondrer si on ne remplaçait pas le onzième Commandant rapidement.
James Westwood aurait dû nommer un successeur et tout le monde le savait.

Pourquoi avoir attendu jusque-là?
Si tout le monde était au courant, pourquoi personne n’était intervenu?
Erwin s’était tut pendant toutes les délibérations, écoutant, absorbant les informations par habitude, notant déjà les affinités et les discordances d’opinion parmi ses pairs.
C’était simple : il y avait ceux qui avaient supporté les idées de James Westwood jusqu’à son dernier souffle et ceux qui admettaient pleinement son incapacité à tenir les rênes.
Trop de morts. Trop de défaites.
Le Bataillon était endetté. Ce n’était une surprise pour personne, mais Westwood semblait se complaire dans sa position. Tout était une question de fonds, de subventions; avec la Culte du Mur qui gagnait en influence, le Roi Fritz qui s’agitait devant les Expéditions de plus en plus fréquentes, les taxes, les coûts des salaires pour chaque soldat, de l’approvisionnement, des vivres, des armes,  de l’équipement, du gaz, des terres, des recherches, des chevaux, de l’espace. Tout devenait une question d’avarice, de possessions.

Avec leur Capitaine retirée, les postes vacants devaient être pris et vite sans quoi, qui sait…
Sina avait mentionné à plusieurs reprises l’inutilité de leur corps d’armée.
Il suffirait d’une crise, d’une opportunité pour rayer le Bataillon. C’était le poids d’un groupe tiraillé par l’opinion publique. Trop de scandales, pas assez d’appui.
Au lever du quatrième jour, ils s’étaient mis sur une décision : Keith Shadis reprendrait le flambeau.
Ce n’était pas une décision unanime, mais démocratique.
Depuis le temps que Shadis leur en faisait baver sur les méthodes douteuses de Westwood, clamant son incompétence après son verre de trop.
« Si j’étais Commandant, jamais tout ça ne se serait produit!
Westwood est trop docile!
C’est un lèche-cul du Gouvernement!
Il accepte n’importe quoi!
Westwood est un idiot! »
C’était le moment ou jamais de prouver qu’un homme pouvait la différence.

Avec sa promotion, Shadis avait fini par nominer sa relève comme Chef d’escouade.
Erwin Smith.
Il avait dégluti, ouvert les yeux. Calme. Rester calme.
Aussi composé pouvait-il être, Erwin connaissait trop bien le poids de la responsabilité d’avoir des hommes sous ses ordres.
Être responsable de la vie des autres. Et de leurs collatéraux.
S’il n’avait ni accepté ou refusé, il s’y était résilié parce qu’il ne savait pas comment faire autrement.
Être chef d’escouade, c’était acquérir du prestige, sans doute, mais avant tout d’une certaine liberté… D’une certaine notoriété, de la crédibilité.
Des choses qu’Erwin ne se serait jamais capable d’acquérir de sitôt… Et même si concéder à Keith Shadis, c’était triché…
C’était un pas en avant. Un pas vers quelque chose qu’il n’avait pas encore défini, mais qui germait tranquillement fans son esprit.

L’équipe avait été réticente.
Le jeune homme aussi.
à vingt-et-un ans, Erwin devenait le plus jeune haut gradé de l’Histoire des Murs, non pas seulement pour le Bataillon, mais dans tous les corps confondus.
Cette position le mettait mal à l’aise.
Les vétérans s’en rendaient compte, les cadets aussi.
La décision de Shadis n’avait pourtant pas été révoquée.
Personne ne s’était interposé. Personne ne s’interposait jamais et à chaque fois Erwin se sentait encore plus incompétent dans son rôle.
Le Bataillon avait cet entendement, cette confiance à laquelle Erwin se faisait difficilement. Il avait besoin de raisons, de preuves.
Sur qui pouvait-il vraiment compter?
Les changements rendaient l’équilibre précaire.


Ils passèrent des semaines, des mois à tenter de rétablir la confiance du Bataillon.
Shadis avait déjà fait ses preuves en tant que chef d’escouade, mais il n’était pas Westwood. Après un règne de près de dix ans, il n’y avait rien de surprenant.
Les gens s’étaient habitués à leur dernier commandant, lui faisait une confiance aveugle ; Shadis devrait faire sa place. ..
Mais pendant que Keith devenait le maître des lieux, c’était le moment le plus propice pour Erwin d’expérimenter.
Sans même s’en rendre compte, le douzième commandant venait de lui offrir le peu de chance qu’il avait besoin d’approcher le Bataillon de différentes façons.
Qu’elles étaient les nouvelles recrues? Quelles équipes étaient plus susceptibles de survire? Les plus offensives, les plus défensives.
Cette liberté que lui offrait Keith Shadis lui avait permis en moins de deux mois de connaître les noms de chaque membre de la Survey Corps, leur âge, leur expérience, le nom de leur cheval, leurs habitudes.
Il y avait cinq ans, il n’avait jamais rêvé pouvoir connaître son environnement avant autant de facilité.
Se lier, c’était risqué d’être blessé…
Mais le Bataillon était fait par se masochisme sentimental.
Cette indissociable lien qui faisaient d’eux une unité à part, une entité qui se soutenait.
Donner son cœur à la cause, avoir la même ambition, les mêmes rêves, les mêmes désirs…
Et mourir pour ça.
Y croire jusqu’à pouvoir en mourir... Cette phrase passait et repassait dans l’esprit d’Erwin jour et nuit, ses rêves, ses théories qui étaient devenus des obsessions… Sans doute que mourir pour eux ne serait pas plus mal.

Un an. Puis deux.
Keith Shadis avait repris les devoirs de James Westwood exactement à l’endroit où ils les avaient laissé…
Et rien n’avait changé.
Toujours des morts, toujours des défaites, toujours des dettes.
Erwin avait vu son équipe tomber plus d’une fois. Des membres sans visage, des identifications douteuses, des « manquants » près des noms qu’il appelait pourtant quotidiennement.
Il ne pouvait passer des heures à faire et refaire des rapports, les ramener à Shadis qui ne lui offrait qu’un vague grognement, un froncement de sourcil.
Lui aussi, il connaissait ces noms.
Ils se saluaient mutuellement et une fois qu’Erwin quittait le bureau des commandements, il finissait dans ses quartiers à passer des nuits, à se demander ce qui aurait pu être évité.
Et avec le temps, il ne restait que Mike et lui.
Les membres de son escouade finirent remplacés par des excentriques, des gens qui, selon Shadis, n’aurait pas pu faire carrière autrement qu’en joignant le Bataillon.
Mike, bien entendu, qu’il avait rapidement fait son bras droit, sans qu’ils aient tous les deux besoin de le mentionner.
Hanji Zoe, une femme remarquable et à une folie particulière pour qui Erwin s’était pris d’affection.
Joan Sterling, une fille d’apothicaire qui en avait tout le savoir-faire. Silencieuse, mais vulgaire, elle était plus que loyale et d’une rationalité à tout casser.
Mads Gallagher, de dix ans l’aîné d’Erwin, il était la bonne conscience malgré un problème d’alcool récessif et une bouche qui ne s’arrêtait de parler d’en mangeant, il restait un survivant aux conseils précieux. Plus fort qu’habile, il restait un atout non-négligeable.
Wolfgang « Wolfie » Schreiber, un peu plus vieux que Mike et Erwin, il aurait sans doute fait un excellent poète vu ses grands élans lyriques. Désintéressé, profondément critique et souvent détestable, il respectait néanmoins l’autorité établi et était un maître cavalier.
À eux cinq, Erwin cherchait désespéré à créer des formations, des idées pour réduire les pertes et, avec le temps, l’escouade Erwin avait survécu plus d’une expédition sans le moindre changement.


La formation de longue distance était née de ces expériences sur le terrain.
Au début, ils avaient regardé Erwin comme un aliéné… Et puis, à force de survivre, coup après coup, ils finirent par comprendre que peut-être, peut-être, leur chef d’escouade n’était pas si cinglé que ça.
D’abord, ce fût fait sous le sceau du secret : ce qui se disaient entre eux, restaient entre eux.
Il y avait des règles à suivre, pourtant : ne pas briser la formation, éviter les confrontations inutiles, ne sauver que les soldats qui ont une chance de survie.
C’était une décision froide, mais ils avaient d’ores et déjà compris que minimiser les pertes ne les réduiraient pas à zéro.
Keith Shadis les avait positionnés à l’offensive.
C’était leur chance. Ils pouvaient voyager entre les équipes, communiquer les informations avec aisance et avoir une vue d’ensemble sur tout le Bataillon.
Erwin n’aurait pas pu espérer mieux.
Trois expéditions et une petite centaine de nuits blanches et Erwin était enfin prêt pour présenter son plan d’attaque à Keith Shadis.

Le matin, il s’était présenté dans ses plus attirails devant le Commandant, son secrétaire, son capitaine et les lieutenants.
C’était montré poli, bienséant, d’un sourire charmeur et d’une langue d’argent, il avait flatté le commandant avec toute l’aisance qu’il avait appris des Wolff.
Pour une fois dans son existence, il pouvait utiliser réellement tout le potentiel qu’on lui avait appris.
Et pour la première fois, muet, il remerciait Elsa d’être réapparue.
Vingt-trois ans et trop ambitieux. C’était ce que les yeux des gens autour lui faisait comprendre,
Pourtant, les pertes quasi inexistantes sous la tutelle d’Erwin les faisaient douter : comment pouvait-il en être arrivé là.
Il avait déployé son plan en grand, expliquer chaque fonction de chaque soldat, l’utilité d’une communication plus adéquate et rapide, d’une prudence accrue, de l’agrandissement de leurs champs d’attaque, de la disposition des équipes, de favoriser la défensive plutôt que l’offensive…
Et avant même qu’il ait pu terminer, il entendit Keith Shadis se racler la gorge :

«  Qu’est-ce que c’est que ça, Smith? »

Par l’agrandissement des yeux d’Erwin, il était évident qu’il ne comprenait pas exactement le sens de la question.
Il resta un moment surpris, avant de se racler la gorge à son tour et de répondre catégoriquement :  

« - Commandant, nous devons réduire les pertes.
En sept ans de service, j’ai calculé que soixante-quinze pourcent d’entre nous ne franchissent pas leur troisième expédition, que plus de la moitié des chevaux ne reviennent pas; perdre des soldats, c’est aussi une perte d’équipements, de provisions de…
- Smith. Je ne te paie pas pour faire de la logistique…
- Commandant, sauf votre respect, la Survey Corps sera en faillite avant la fin de l’année.. Si vous ne faites rien pour recevoir ne serait-ce qu’un peu de support de…
- ERWIN. Ça suffit..»

Keith ne l’avait appelé son prénom.
Jamais.
Erwin s’était tu, avait regardé l’homme qui avait pourtant promis de faire que James Westwood et qui, n’avait au final rien changé.
Pendant quelques secondes, il avait senti la rage l’envahir, puis, Shadis lui dit la seule chose qui pouvait le calmer, malgré tout le dédain qu’il avait mis dans sa phrase :

[b]« Tu n’es pas Commandant, mais chef d’escouade.
Apprends ta place, garçon.
Lorsque tu seras Commandant, peut-être pourras-tu te juger apte donner ce genre de discours… En attendant, c’est moi qui décide, Smith.  »


Et pendant une seconde, Erwin crut voir la peur derrière les prunelles trop clairs de Keith Shadis.
La peur ou le dédain des gens normaux devant les desseins d’un enfant surdoué.
De quelqu’un qui pourrait prendre leur place.
D’un rival.
Il eut presque envie de rire.
Un rictus.
Lorsque tu seras Commandant
Il regarda l’audience devant lui, et sans se faire disposer, il le fit de lui-même, d’un salut bref. Sec.
Quatre mots.
Que quatre mots que Shadis aurait sans doute oublié aussitôt et qui venait de redoubler les convictions d’Erwin Smith.
Un jour, ils verraient tous qu’il avait raison.

En janvier 839, le Bataillon était en faillite.
En Février, Shadis l’avait convoqué.
En avril, Shadis l’emmenait avec lui pour la première fois en tant que bras droit à Sina.
En mai, Erwin avait monté des fonds avec certains contribuables, certains douteux, d’autres non, mais des  sponsors étaient des sponsors .
En septembre, la dette avait été coupée de moitié.
Et en octobre, tout le monde connaissait le nom du mystérieux Erwin Smith de Karanese.



[/b]
---



Erwin suivait Shadis.
Son destrier blanc à pleine vitesse et haletant.
Stranger semblait tendu plus qu'à son habitude.
Délicatement, le soldat mit une main dans sa crinière.
Si les chevaux du Bataillon d'exploration étaient reconnus pour leur endurance et leur rapidité, Erwin avait tout autant remarqué leur capacité à être complètement soumis à leur cavalier... Et pourtant, à cet instant-même, Stranger était hésitant.
Ce n’était pas leur expédition à tous les deux.
Erwin avait appris à lire son animal avec précaution : un animal restait un animal. Si Stranger décidait qu'il le jetait à terre, il ne pourrait rien faire… Et ce ne serait pas la première fois.
Ni s'il rebroussait chemin.
Ni s'il se cambrait.
Sa main gauche fermement enroulée sur les rênes, il tentait de garder à la fois un oeil sur son escouade et sur le dos de Shadis.

Shadis avait insisté à ce qu'il le suive.
Il se pinça les lèvres, nerveux à son tour.
Le cheval hennit... Il devait rester en contrôle.
Shadis devait avoir une bonne raison de le garder auprès de lui, non?
Par habitude, il se retourna vivement pour jeter un oeil sur Mike, puis sur Hanji, Joan, Wolfgang… Et finalement, le dernier ajout à l’escouade, Levi.
Mads n’était jamais revenu de la dernière sortie en dehors des Murs.
Levi s’était retrouvé sous la tutelle d’Erwin par dépit, sans doute, mais il ne s’était pas encore plaint… Autrement que par habitude.
Erwin déglutit malgré lui lorsqu’il entendit la voix de Shadis brisée dans son ordre… Et Erwin comprit qu’il devait intervenir.
Il talonna Stranger pour s’approcher du Commandant avant de se retourner vers toutes les troupes.
Shadis, puis le Bataillon.
Shadis devait prendre une décision : continuer l’Expédition avec plus du tiers des escouades décimés, ou rentrer avant qu’ils ne finissent tous tuer.
Erwin avait attrapé la bride du Commandant et en lui jetant un regard entendu, il arrêta leur course en appuyant sur la gâchette de son pistolet.
La fumée blanche décolla tout droit dans le ciel qui s’ennuageait de plus en plus.
Shadis n’avait jamais cédé pour essayer la formation d’Erwin, mais avec les échecs qui se cumulaient de plus en plus, le blond commençait à voir le Commandant craquelé sous ses demandes.
Le plus jeune des deux garda la bride de son supérieur pendant plusieurs minutes avant de se retourner vers les survivants.
Il finit par lâcher les rênes, passer une main sur son visage et regarda Shadis encore quelques secondes avant de prendre la commande, avec ou sans son accord.
Il ne laisserait pas leurs troupes mourir pour l’appât du gain des aristocrates de Sina.

On leur avait donné une piste, promis des fonds, de l’équipement.
Depuis les dernières récoltes, tout était devenu de plus en plus difficile pour tout le monde… Mais surtout pour eux. Être membre du Bataillon d’Exploration était devenu une solution davantage pratique qu’idéaliste.
Keith leur avait promis une mission simple : « sans risque, une routine »… Et les voilà, bredouilles, encore une fois, épuisés après une semaine de déploiement à errer entre différents postes désertés, récupérant des pacotilles et de l’or pour des gens qui les méprisaient, qui les insultaient, qui n’avaient jamais cru en leur rôle.
Erwin en avait assez. C’était assez.
C’était fini.
Ils avaient trop perdu et ramenaient trop peu.

[b]« Laissez tout ce qui peut vous ralentir derrière!
Nous avons déjà trop perdu aujourd’hui pour nous soucier du matériel!
Soldats, nous retournons au Mur! »


Ils avaient tout laissé.
Les charriots. Leurs morts, leurs piètres découvertes.
En tout et pour tout, quatre-vingt pour cent de leurs effectifs étaient en terrain ennemi. Ils pourraient peut-être les récupérer un jour, mais pour l’heure, leurs mains étaient vides jusqu’à nouvel ordre.
Revenir la queue entre les jambes, ils avaient fini par s’y faire.

Le voyage de retour fût silencieux.
Le moral était à plat.
Les soldats ce qui les attendaient à Karanese.
Les cris, les larmes, la haine, les insultes. Erwin en avait déjà mal à la tête.
Trois jours pour revenir…
Trois longs jours.
Ils sentaient la sueur, le sang, la mort.
Ils avaient les cheveux gras, les joues creusent, les yeux renfoncés.
Ils n’avaient des héros.
Ils n’auraient jamais rien des héros.


Ils s’étaient attardés devant l’entrée. Shadis catatonique aux côtés d’Erwin.
Sa main était une nouvelle fois sur son pistolet fumigène.
La gâchette semblait lourde, tout à coup.
Bloquée.
Encore le silence.
Tout le monde observait la réaction anormale du blond qui comprenait de plus en plus ce à quoi se confrontait Shadis à chaque fois qu’il revenait à la tête de leur armée dépouillée.
Il marcherait pour la première fois devant avec le Commandant.
Sans être Capitaine, ni rien.
Il avait serré la mâchoire, avant tendu son bras et, sans tirer pour autant, il tenta de se détendre.
Il devait se vider la tête.
Ne plus être Erwin…
Il ne devait pas Erwin devant eux.

La seule personne qui avait osé parler jusque-là, c’était Levi.

« Erwin. »

Erwin.
Cette façon qu’il avait de prononcer nom.
Sans titre.
Sans Smith.
Juste Erwin..
Levi le ramenait à son état humain.
C’était quelque chose qu’il déplorait pour sa vulnérabilité, mais dont la reconnaissance était éthérée.
Avec Levi, il n’avait jamais été rien d’autre que lui-même.
Cet effroi d’être lui.
Ce soulagement.
C’était irréel et trop réel. Les deux à la fois.

Il ne fît que hocher la tête, et il tira.
Il était trop tard pour revenir en arrière, la Garnison les avait déjà repérés.

[center] The difference in judgement between you and me originates from different rules derived from past experience [/center ]

Après la chute du Mur Maria, tout s’était passé si vite.
Sa nomination au rôle de Capitaine, ses nouvelles responsabilités, la mort de Joan, puis Wolfgang, et Erwin n’avait pas senti le besoin d’ajouter qui que ce soit parmi leurs rangs.
Il avait déjà trop perdu pour recommencé.
Après leur lamentable échec de la dernière Expédition et plusieurs semaines de négociations, Zackly avait finalement accepté la proposition d’Erwin pour la reformation des stratégies militaires.
Il aura fallu plusieurs jours d’audience à Mitras, des pertes innombrables, mais avant tout, une perte de capital.
C’était ce sur quoi Erwin jouait. Ils se fichaient bien de leurs existences.
Ils voulaient les ressources qu’ils avaient perdues…. Mais sans Bataillon, personne n’irait les récupérer. Soudainement, leur importance apparaissait inouïe.  
Erwin n’avait plus la force de les haïr ; il les comprenait, c’était bien assez.
S’attirer les bonnes grâces aux endroits où Shadis était incapable de les posséder, c’était son rôle principal.
De même que flatter, montrer, divertir.
Erwin se mettait lui-même en jeu pour le bien de la  Survey Corps.
Il avait déjà fait le deuil d’avoir autre chose dans sa vie.
Ni famille, ni amour, ni enfant.
Il avait déjà trop vu la peine revenait au pas d’armée quand on avisait une mère ou un amant que ceux qu’ils aimaient ne reviendraient pas.
Nul homme de devoir ne devrait se voir compromettre entre ce qu’il devait faire et ce qu’il avait envie de faire.
C’était un choix trop difficile.
C’était… Se compromettre.
Se compromettre encore et toujours.

Avant même le départ de Shadis, Erwin était déjà considéré comme le Commandant.
Sans titre, peut-être, mais officieusement.
C’était sans doute parce que contrairement au Commandant qui se renfermait de plus en plus, Erwin était le lien avec les hommes et les femmes qui les entouraient.    
S’il ne suivait pas Shadis comme son ombre, il était avec les autres dans le réfectoire, à l’entraînement…
Il devait se raccrocher à ce qu’il lui restait d’humain, d’approchable.
Se faire aimer de ses soldats, les respecter en retour, c’était le moyen le plus solide pour s’attirer la confiance.
Erwin Smith restait alors Erwin Smith jusqu’à ce qu’il revienne dans le bureau de Shadis.
À voir l’homme dans la quarantaine se décomposer, son visage creusé par son âge et sans doute multiplier par l’âges de ceux qu’il avait envoyé à la mort.
Un jour, Erwin serait comme Shadis.
Et un jour, il briserait à son tour…
Mais en attendant, il serait le pilier d’un homme qu’il avait fini par apprécier pour son amour de l’humanité.
Son amour du genre humain alors qu’il n’en était que l’ombre.

 



[/b][/i][/i]
Lun 23 Oct - 2:40
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Bienvenue Erwin ! Youpi
J'ai validé le code, bon courage pour la fin de ta fiche o/
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    Merci à tous les deux slurp

    @Arun : *attrape le chien et le câline pour la cause :3...*
    Because.. Dogs, you know! pls
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Bienvenue à toi, Commandant Smith ♥️
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Bienvenue à vous, commandant !
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